Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Et il est rapporté qu’ils ne mangeaient rien d’autre que du pain sec accompagné de sel, et parfois il leur arrivait même de manquer de sel. Alors Ibrahim lui dit : « Ma fille, craindrais-tu la pauvreté ? Regarde ce coin, il contient douze mille fascicules que j’ai rédigés dans le domaine de la science. Vends-en un fascicule par jour contre un dirham ; celui qui possède douze mille dirhams n’est pas un pauvre. »

Plus tard, il mourut sept jours avant la fin de Dhou al-Hijja, et ce fut Youssef ibn Ya‘qoub le cadi qui pria sur lui à la porte d’al-Anbâr. La foule y était extrêmement nombreuse.

Al-Mubarrad le grammairien (1) : Il s’agit de Muhammad ibn Yazid ibn ‘Abd al-Akbar, Abou al-‘Abbâs al-Azdî ath-Thumālî, plus connu sous le nom d’al-Mubarrad, le grammairien basrien, éminent spécialiste de la langue et de la grammaire arabes, qui reçut son savoir de al-Mâzinî et d’Abou Hâtim as-Sijistânî. Il était digne de confiance dans ses transmissions et fut l’adversaire de Thalab. Il est l’auteur du livre « Al-Kâmil » en littérature. On l’appela « al-Mubarrad » parce qu’il se cacha du gouverneur chez Abou Hâtim, à l’abri d’une « muzammala » (2).

Al-Mubarrad raconta (3) : « Un jour, mes compagnons et moi-même rendîmes visite aux malades mentaux à ar-Raqqah. Parmi eux se trouvait un jeune homme à peine arrivé, vêtu de beaux habits. Lorsqu’il nous aperçut, il nous salua et dit : “Soyez les bienvenus ! D’où venez-vous ?”

Nous répondîmes : “Nous venons d’Irak.”
Il s’exclama : “Que je sacrifie ma vie pour l’Irak et ses habitants ! Voulez-vous que je vous déclame des vers ou que vous m’en récitiez ?”

Al-Mubarrad poursuivit : « Je lui répliquai : “Récite-nous plutôt tes vers.” »

Il déclama alors :
« Dieu sait combien je suis affligé,
Incapable d’exprimer ce que je ressens.
Deux âmes sont miennes : l’une abrite un pays
Et l’autre se trouve dans une contrée lointaine.
Je vois celle qui demeure ici, inutile de se montrer patiente :
Elle n’en a ni la force ni les moyens.
Et j’imagine mon absente pareille à la présente (4) :
Au lieu où elle se trouve, ressent-elle ce que je ressens ? »

Al-Mubarrad dit : « Alors je m’exclamai : “Par Dieu, c’est fort élégant ! Donne-nous-en encore !” »

Il déclama :
« Lorsque, avant l’aube, ils firent agenouiller leurs caravanes
Et chargèrent leurs montures (5), les chameaux s’agitèrent d’amour (6).
Du fond des rideaux du palanquin, elle laissa paraître son regard,
Qui se tourna vers moi tandis que les larmes ruisselaient.
Elle me fit ses adieux de la main, ses doigts ornés de henné.
Je m’écriai : “Puisses-tu devenir incapable de marcher, ô chameau !” »

(1) Ṭabaqāt al-naḥwiyyīn wa-l-lughawiyyīn (101), Tārīkh Baghdād (3/380), al-Muntazam (6/9), Maʿjam al-Adhbāʾ (19/111), Inbāh al-Riwāh (3/241), Wafayāt al-Aʿyān (4/313), Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (13/576), Shudhūr al-Dhahab (2/190). (2) al-Muntazam (6/9). Quant à al-muzammala : c’est celle dans laquelle on rafraîchit l’eau, son terme est irakien, comme dans al-Qāmūs al-Muḥīṭ (zammala). Il est à noter qu’il existe d’autres versions expliquant la raison de ce surnom, parmi lesquelles que son maître Abū ʿUthmān al-Māzinī lui aurait donné ce surnom, d’autres disent autrement. (3) al-Muntazam (6/11). (4) Dans l’édition : kaḥāḍirātī, et ici comme dans al-Muntazam (6/11) d’où le compendium tire la citation. (5) Dans l’édition : wa ḥammalūhā, et ici comme dans al-Muntazam. (6) Dans Bahjat al-Majālis : wa sārat bi-d-dimā al-ibil, et ici comme dans al-Muntazam.
وأنه لا طعام لهم إلا الخبز اليابس بالملح، وربما عدموا الملحَ في بعض الأحيان. فقال لها إبراهيم: يا بُنية، تخافين الفقر؟ انظري إلى تلك الزاوية ففيها اثنا عشر ألف جزء قد كتبتها في العلم، ففي كل يوم بيعي منها جزءًا بدرهم، فَمَن عنده اثنا عشر ألفَ درهمٍ فليس بفقير. ثم كانت وفاته لسبع بقين من ذي الحجّة، وصلَّى عليه يوسف بن يعقوب القاضي عند باب الأنبار، وكان الجمع كثيرًا جدًّا. المبرّد النَّحويّ (١) : محمد بن يزيد بن عبد الأكْبر، أبو العبَّاس الأزْدِيُّ الثُّماليُّ، المعروف بالمُبرّد، النَّحويّ، البصريّ، إمام في اللغة والعربية، أخذ ذلك عن المازني، وأبي حاتم السِّجِسْتاني. وكان ثقة ثبتًا فيما ينقله، وكان مناوئًا لثعلب، وله كتاب "الكامل" في الأدب. وإنَّما سمِّي بالمبرّد؛ لأنَّه اختبأ من الوالي عند أبي حاتم تحت المُزَمَّلة (٢) . قال المبرّد (٣) : دخلنا يومًا على المجانين نزورهم أنا وأصحابٌ معي بالرَّقَّة، فإذا فيهم شاب قريب عهد بالمكان، عليه ثياب ناعمة، فلمَّا بَصُر بنا، قال؛ حيَّاكم الله، ممن أنتم؟ قلنا: من أهل العراف. فقال: بأبي العراق وأهلها! أنشدوني أو أنشدكم؟ قال المبرّد: فقلت: بل أنشدنا أنت، فأنشأ يقول: اللهُ يعلَمُ أنَّني كمِدٌ … لا أستطيعُ بثَّ ما أجدُ روحانِ لي روحٌ تضمَّنها … بلدٌ وأخرى حَازَهَا بلَدُ وأرى المقيمةَ ليس ينفعها … صبرٌ ولا يَقْوَى لها جلدٌ وأظنُّ غائبتي كشاهدتي (٤) … بمكانها تجدُ الذي أجِدُ قال المبرّد: فقلتُ: واللّه إن هذا لظريف، فزِدْنا منه، فأنشأ يقول: لمَّا أناخُوا قُبَيْلَ الصُّبْحِ عِيرَهُمُ … ورحَّلُوها (٥) فثارَت (٦) بالهوى الإبلُ وأبرزَتْ من خِلالِ السَّجْفِ ناظِرَها … تَرْنُو إليَّ وَدَمْعُ العَيْنِ يَنْهَمِلُ وودَّعَتْ ببَنَانٍ عَقْدُها عَنَمٌ … نادَيْتُ: لا حَمَلَتْ رِجلاكَ يا جَمَلُ
(١) طبقات النحويين واللغويين (١٠١)، تاريخ بغداد (٣/ ٣٨٠)، المنتظم (٦/ ٩)، معجم الأدباء (١٩/ ١١١)، إنباه الرواة (٣/ ٢٤١)، وفيات الأعيان (٤/ ٣١٣)، سير أعلام النبلاء (١٣/ ٥٧٦)، شذرات الذهب (٢/ ١٩٠). (٢) المنتظم (٦/ ٩). والمزملة: التي يبرّد فيها الماء، لفظه عراقية، كما في القاموس المحيط (زمل). ويلاحظ أن هنالك أقوالًا أخرى في سبب تلقيبه بهذا اللقب، منها أن شيخه أبا عثمان المازني هو الذي لقبه به، وقيل غير ذلك. (٣) المنتظم (٦/ ١١). (٤) في ط: كحاضرتي، وما هنا كما في المنتظم (٦/ ١١) الذي ينقل منه المصنف. (٥) في ط: وحمَّلوها، وما هنا كما في المنتظم. (٦) في بهجة المجالس: وسارت بالدُّمى الإبل، وما هنا كما في المنتظم.

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