Cette année-là, les astrologues promirent aux gens que la plupart des contrées seraient submergées durant l’hiver en raison de fortes pluies, de crues et du débordement des rivières. Mais Dieu démentit leurs dires, car jamais on ne connut année plus pauvre en précipitations. Les sources se raréfièrent considérablement et la sécheresse frappa partout, au point que l’on pria pour la pluie à Bagdad et en d’autres régions à plusieurs reprises. C’est à Dieu qu’appartient l’ordre, avant et après.
(1) Cette même année, on apercevait durant la nuit, au sein du palais califal, un individu armé d’une épée. Chaque fois que l’on tentait de le capturer, il prenait la fuite, s’engouffrant dans certains coins, dans des champs ou parmi les arbres, ou bien dans les passages obscurs du palais, au point que l’on ne pouvait rien découvrir à son sujet. Al-Muʿtaḍid en fut profondément inquiet ; il ordonna la restauration du mur d’enceinte du palais califal et un renforcement de la surveillance, veillant à ce que des gardes soient en faction de tous côtés. Toutefois, cela ne servit à rien ; il fit alors venir des conjurateurs, ainsi que des personnes versées dans les sciences occultes et dans le traitement de la folie, qui récitèrent leurs formules et déployèrent leurs efforts, mais en vain, au point que cette affaire les dépassa.
Après un certain temps, la vérité finit par apparaître : l’homme était un serviteur eunuque amoureux de l’une des concubines favorites, qu’il ne pouvait normalement ni voir ni approcher. Il possédait des barbes de différentes couleurs, qu’il mettait tour à tour pour se montrer la nuit sous une forme effrayante. Voyant cela, les servantes et les domestiques se précipitaient de toutes parts. Lui, se repliait dans quelque recoin, ôtait la fausse barbe et la cachait dans sa manche, puis se manifestait comme l’un des serviteurs enquêtant sur ce qui se passait, tandis qu’il tenait l’épée comme s’il redoutait lui aussi l’intrus. Lorsque les servantes se regroupaient, il en profitait pour contempler la bien-aimée, l’observer et lui faire des signes qui exprimaient ses intentions. Il poursuivit ainsi jusqu’au règne d’al-Muqtadir, puis on l’envoya secrètement à Tarse (2). À ce moment, la concubine le dénonça et révéla ses artifices et ses stratagèmes, et Dieu le fit périr.
Cette année-là, en Égypte, l’armée se souleva contre Hârûn ibn Khumârawayh. On plaça auprès de lui l’un des émirs de son père, Abû Jaʿfar ibn Abân, pour gérer les affaires et restaurer l’ordre. Il dépêcha alors des troupes à Damas, où l’on s’était refusé à reconnaître le pouvoir de Jaysh ibn Khumârawayh durant les neuf mois de son gouvernement suivant la mort de son père, ce qui avait engendré des troubles. Une vaste armée, conduite par Badr al-Ḥammâmî et al-Ḥusayn ibn al-Mâdarâ’î (3), fut envoyée afin de remédier à la situation. Ceux-ci rétablirent l’ordre à Damas, confièrent son administration à Ṭughj (4) ibn Juff, puis retournèrent en Égypte, tandis que la situation y demeurait encore fort instable.