Puis survint l’année deux cent quatre-vingt-quatre. Durant le mois de Muharram, on fit entrer à Bagdad la tête de Rāfiʿ ibn Harthama, et le calife la fit exposer sur la rive orientale jusqu’à midi, puis sur la rive occidentale jusqu’au soir.
Au mois de Rabīʿ I, on conféra à Muḥammad ibn Yūsuf ibn Yaʿqūb la charge de juge dans la ville d’Abū Jaʿfar (1) al-Manṣūr, en remplacement d’Ibn Abī al-Shawārib, décédé cinq mois et quelques jours plus tôt, alors que la fonction était (2) vacante.
Au mois de Rabīʿ II, une grande obscurité apparut en Égypte, accompagnée d’une vive lueur rouge à l’horizon, au point qu’un homme regardait le visage de son compagnon et le voyait d’un rouge très prononcé, tout comme les murs. Ils restèrent ainsi de l’après-midi jusqu’au soir, puis ils sortirent au désert pour implorer Dieu et L’implorer humblement, jusqu’à ce qu’Il dissipe ce phénomène.
Cette année-là, al-Muʿtaḍid projeta de maudire Muʿāwiya ibn Abī Sufyān depuis les chaires des mosquées. Son vizir, ʿUbayd Allāh ibn Sulaymān ibn Wahb, l’en dissuada en l’avertissant que le peuple l’accepterait mal, car les gens priaient pour Muʿāwiya et le considéraient avec bienveillance (3) dans leurs marchés et leurs assemblées. Al-Muʿtaḍid n’en tint pas compte et ordonna l’exécution de ce projet. On rédigea (4) alors des circulaires invoquant la malédiction de Muʿāwiya, l’accusant ainsi que son fils Yazīd et un groupe de Banū Umayya, et citant des hadiths infondés à leur encontre. Ces copies furent lues dans les deux quartiers de Bagdad, et on interdit au peuple de prier pour Muʿāwiya et de le gratifier de quelque formule de bénédiction.
Le vizir ne cessa de le presser jusqu’à lui déclarer, entre autres : « Ô Commandeur des croyants, cet acte risque d’encourager le commun à se tourner vers les Ṭālibiyyīn et à écouter leur appel. » Al-Muʿtaḍid en fut troublé et renonça à son projet, craignant pour son pouvoir. Or Dieu voulut que ce vizir fût un nāṣibī, qui éprouvait de l’hostilité envers ʿAlī. Ce fut l’une des bévues d’al-Muʿtaḍid – que Dieu lui fasse miséricorde.
On proclama alors dans les provinces : « Que le peuple ne se réunisse plus autour d’un conteur, d’un devin, d’un astrologue, d’un dialecticien ou de toute autre catégorie similaire, et qu’il cesse de se préoccuper de la fête de Nawrūz. » Par la suite, la permission fut à nouveau donnée de célébrer le Nawrūz, et chacun se mit à asperger d’eau les passants. On exagéra au point d’asperger l’armée, la police et d’autres encore, ce qui compta également parmi ses bévues.
Ibn al-Jawzī (5) a dit :