Puis arriva l’année deux cent quatre-vingt-trois. Au mois de Muharram de cette année, al-Muʿtaḍid quitta Bagdad, se dirigeant vers la région de Mossoul pour combattre Hārūn al-Shārī, le kharijite. Il le vainquit, et mit ses partisans en déroute ; il en informa Bagdad par courrier. Quand le calife revint à Bagdad, il ordonna de crucifier Hārūn le kharijite, qui était de la branche ṣufrī. Lorsqu’il fut mis en croix, il déclara : « Nul jugement excepté celui de Dieu, même si les polythéistes le détestent. »
Al-Ḥusayn ibn Ḥamdān ibn Ḥamdūn combattit vaillamment les kharijites durant cette campagne. Le calife libéra alors son père, Ḥamdān ibn Ḥamdūn, de ses fers, après l’avoir emprisonné quand il lui prit la citadelle de Mardin et la démolit au-dessus de lui. Le calife le libéra, lui fit revêtir un vêtement d’honneur et le traita généreusement, de même que son fils.
Cette année-là, al-Muʿtaḍid écrivit aux provinces pour qu’on remette le surplus des parts d’héritages aux détenteurs de liens de parenté (dhawu al-arḥām) lorsqu’il n’existe pas d’héritier agnatique (ʿaṣaba). Il se fondait sur la fatwā du cadi Abū Ḥāzim, qui avait indiqué que c’était l’avis communément admis parmi les Compagnons, à l’exception de Zayd ibn Thābit. Ce dernier, en pareille situation, affectait le surplus au bayt al-māl (Trésor public). ʿAlī ibn Muḥammad ibn Abī al-Shuwwārib fut en accord avec Abū Ḥāzim, tandis que le cadi Yūsuf ibn Yaʿqūb soutint l’avis de Zayd, mais al-Muʿtaḍid ne tint pas compte de ce dernier et valida la fatwā d’Abū Ḥāzim. Malgré cela, il nomma le cadi Yūsuf ibn Yaʿqūb au poste de juge du côté oriental, l’honora d’une robe d’investiture et confia à Abū Ḥāzim la judicature de plusieurs régions, ainsi qu’à Ibn Abī al-Shuwwārib, leur octroyant également des robes d’honneur.
La même année, il y eut une opération d’échange de prisonniers entre musulmans et Byzantins, permettant de libérer des mains de ces derniers deux mille cinq cents quatre musulmans, qu’à Dieu reviennent la louange et la grâce. Cette même année, les Ṣaqāliba assiégèrent les Byzantins, délivrant également un nombre important de musulmans capturés.
Puis, lors d’un nouveau siège des Ṣaqāliba contre les Byzantins à Constantinople, l’empereur byzantin rechercha l’aide des prisonniers musulmans qu’il détenait, leur donna beaucoup d’armes et les emmena combattre à ses côtés. Ils mirent les Ṣaqāliba en déroute, mais l’empereur craignit ensuite une menace de la part des musulmans. Il les dispersa alors dans différentes contrées.
Au cours de cette même année, ʿAmr ibn al-Layth sortit de Neyshāpūr pour s’occuper de certaines affaires, laissant derrière lui Rāfiʿ ibn Harthama, qui fit prononcer sur les chaires (minbars) l’invocation en faveur de Muḥammad ibn Zayd al-Muṭṭalibī et de sa descendance. Informé, ʿAmr revint, l’assiégea à Neyshāpūr, ne cessa de le poursuivre jusqu’à l’en faire sortir, puis le mit à mort à la porte de la ville.