Les moudjahidines étaient nombreux dans le pays des Romains. Lors de l’une des expéditions, alors que les musulmans assiégeaient une ville romaine, l’un d’entre eux aperçut dans la forteresse une femme dont il s’éprit. Il lui écrivit alors : « Quel moyen pour arriver jusqu’à toi ? » Elle répondit : « Que tu te fasses chrétien et que tu montes jusqu’à moi. » Il se plia à cette injonction — qu’Allah le couvre de honte. Les musulmans ne tardèrent pas à le voir auprès d’elle ; ils en furent extrêmement affligés et cette situation leur fut très pénible. Au bout d’un certain temps, ils repassèrent par là et le trouvèrent toujours avec la femme dans la forteresse. Ils lui dirent : « Ô Untel, qu’est devenu ton Coran ? Qu’est devenu [ton œuvre] (1) ? Qu’en est-il de ton jeûne et de ta prière ? » Il répondit : « Sachez que j’ai tout oublié du Coran, à l’exception de ce verset : ﴿رُبَمَا يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْ كَانُوا مُسْلِمِينَ * ذَرْهُمْ يَأْكُلُوا وَيَتَمَتَّعُوا وَيُلْهِهِمُ الأَمَلُ فَسَوْفَ يَعْلَمُونَ﴾ [Al-Hijr : 2-3] (2). »
[Puis vint l’année deux cent soixante-dix-neuf] : à la fin du mois de Muḥarram de cette même année, Jaʿfar al-Mufawwaḍ fut déchu de la succession, et Abū al-ʿAbbās ibn al-Muwaffaq devint l’unique héritier du trône après al-Muʿtamid, sous le titre d’al-Muʿtaḍid. La souveraineté lui fut confiée, comme elle le fut à son père. Al-Muʿtamid prononça l’allocution confirmant cet acte devant tous, en un jour mémorable. À ce sujet, Yaḥyā ibn ʿAlī composa ces vers pour féliciter al-Muʿtaḍid (2) :
« Que ce nouveau pacte te soit profitable, toi qui y détiens le premier rang !
Un Seigneur, connaissant ta valeur, t’en a fait don.
Si tu es aujourd’hui l’héritier de notre autorité,
Demain, tu en seras l’imam vénéré parmi nous.
Que ceux qui te soutiennent atteignent leurs aspirations grâce à toi,
Tandis que ceux qui te sont hostiles soient couverts de honte et de regrets.
La colonne de la religion penchait : elle s’est redressée par ce pacte.
Le visage du règne, jadis assombri, se réjouit et resplendit pour nous.
Saisis-toi de ce pacte, raffermis donc ce que tu as obtenu,
Car c’est toi, plus que quiconque, qui as autorité en la matière. »
Cette même année, on proclama à Bagdad qu’il ne serait plus permis aux conteurs ambulants, aux astrologues et à tout autre individu de ce genre de s’installer dans les mosquées ou sur les voies publiques. Il fut également interdit de vendre des livres de kalām, de philosophie et de joute intellectuelle au sein de la population, le tout par décision d’Abū al-ʿAbbās al-Muʿtaḍid, le sultan de l’Islam.
Durant cette année, des combats éclatèrent entre Hārūn al-Shārī et les Banū Shaybān dans la région de Mossoul. Ibn al-Athīr en a donné un récit détaillé dans son « Kāmil » (3).