L’intention est la suivante : cette faction se mobilisa cette année-là, puis leur affaire prit de l’ampleur et la situation s’aggrava, comme nous le mentionnerons. Les choses allèrent jusqu’au point où ils pénétrèrent dans la Mosquée sacrée, y versèrent le sang des pèlerins au milieu même de la mosquée, autour de la noble Kaʿba. Ils brisèrent alors la Pierre Noire, l’arrachèrent de son emplacement et l’emportèrent dans leur contrée en l’an 317. Elle y demeura jusqu’en 339, si bien qu’elle fut absente de son lieu d’origine durant vingt-deux années. « En vérité, nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous revenons. » (1)
Au cours de cette même année survinrent deux événements : le premier fut l’apparition de ces individus, le second la mort de Ḥusām al-Islām et Nāṣir al-Dīn Abū Aḥmad al-Muwaffaq (que Dieu lui fasse miséricorde et l’établisse dans l’étendue de Son Paradis, par Sa grâce et Sa faveur). Cependant, Dieu laissa aux musulmans, après lui, son fils Abū al-ʿAbbās Aḥmad ibn Abī Aḥmad al-Muwaffaq, surnommé al-Muʿtaḍid. Quant à [al-Muwaffaq Abū Aḥmad] (2), il était noble, courageux, impétueux, généreux et grandement loué.
Voici la biographie d’Abū Aḥmad al-Muwaffaq (3) – que Dieu lui fasse miséricorde : il s’agit de l’émir Nāṣir li-Dīn Allāh, al-Muwaffaq bi-llāh, Abū Aḥmad, Muḥammad (selon certains : Ṭalḥa) fils de al-Mutawakkil ʿalā Allāh Jaʿfar ibn Muḥammad al-Muʿtaṣim ibn Hārūn al-Rashīd. Il naquit un mercredi, la nuit succédant le premier jour de Rabīʿ al-Awwal de l’an 229. Lorsque la fonction califale parvint à son frère al-Muʿtamid, celui-ci l’institua comme successeur désigné après son fils Jaʿfar, et le nomma al-Muwaffaq bi-llāh. Puis, lorsque le chef des Zandj fut tué et son armée brisée, il prit le titre de Nāṣir li-Dīn Allāh et il hérita du pouvoir de nommer et de destituer, ainsi que de recueillir l’impôt. On faisait le prône en sa faveur sur les chaires des mosquées en disant : « Ô Dieu, accorde Ton soutien à l’émir Nāṣir li-Dīn Allāh, Abū Aḥmad al-Muwaffaq bi-llāh, prince héritier des musulmans, frère du Commandeur des croyants. »
Il arriva qu’il mourût six mois avant son frère al-Muʿtamid – que Dieu leur fasse miséricorde à tous deux. Il était d’une grande intelligence, excellent administrateur, généreux, noble, valeureux, audacieux, éminent, de bonne compagnie, juste, et menait une existence droite. Il accordait des audiences pour rendre la justice, entouré des juges, et il faisait triompher la cause du lésé sur l’oppresseur. Il était versé dans la littérature, la généalogie, le fiqh (jurisprudence) et l’art de gouverner, entre autres domaines. Il laissa de nombreuses vertus et actions mémorables.
La cause de sa mort fut qu’il contracta la goutte (an-naqrās) au cours d’un voyage. Il arriva à Bagdad tout en demeurant souffrant, et s’établit ensuite dans sa demeure.