Ibn al-Jawzî mentionna dans son «Al-Muntazam» (1) et Ibn al-Athîr dans son «Al-Kâmil» (2) qu’en cette année-là, un tertre situé en terre de Bassora, connu sous le nom de «Tal Shaqîq», s’ouvrit et laissa apparaître sept tombes disposées comme un bassin. On y trouva sept corps intacts dont les linceuls exhalaient un parfum de musc. L’un de ces corps était celui d’un jeune homme à la chevelure abondante ; ses lèvres semblaient humides comme s’il venait de boire de l’eau, ses yeux paraissaient fardés de khôl et il portait une blessure au flanc. L’un de ceux qui étaient présents voulut prendre quelques-uns de ses cheveux, mais constata qu’ils étaient aussi solides que ceux d’une personne en vie.
Parmi les notables décédés cette année-là se trouvent :
• Aḥmad ibn Ḥāzim ibn Abī Gharazah (3), le ḥâfiẓ, auteur du Musnad célèbre, connu pour ses nombreux ḥadiths et ses transmissions élevées.
• Baqī ibn Makhlad (4), Abû ‘Abd al-Raḥmân al-Andalusî, grand ḥâfiẓ, auteur du «Musnad», classé selon les chapitres de fiqh, dans lequel il rapporte des récits de mille six cents Compagnons. Ibn Ḥazm le préféra au Musnad de l’imam Aḥmad, mais j’éprouve à ce sujet quelques réserves, car il semble que le Musnad d’Aḥmad lui soit supérieur et plus complet. (En effet, l’ouvrage de Baqī ne fut pas transmis dans leurs contrées, et s’il avait pu en prendre connaissance et vérifier son contenu, il n’aurait pas donné la préséance à un autre musnad. À moins que Baqī n’ait entendu l’intégralité du Musnad d’Aḥmad et ajouté certains éléments, comme il nous a été possible de le faire avec les compléments que nous avons joints au Musnad de l’imam Aḥmad ; louange et grâce à Dieu à jamais.)
Baqī se rendit en Irak et y étudia auprès de l’imam Aḥmad et d’autres maîtres du ḥadith, dépassant le nombre de deux cent trente-quatre shuyūkh. Il rédigea également d’autres ouvrages. C’était, en outre, un homme pieux, dévot, ascète, dont les prières étaient exaucées. Al-Qushayrî rapporte qu’une femme vint le trouver et lui dit : «Mon fils a été fait prisonnier par les Francs et je ne dors plus la nuit, tant mon désir de le revoir me consume. Je n’ai qu’une petite maison que je souhaite vendre pour le racheter (7) ; si vous pouviez indiquer quelqu’un qui l’achèterait, car je n’ai plus ni jour ni nuit, [ni sommeil] (8), ni patience, ni répit.» Baqī lui répondit : «Oui, rentre chez toi, nous allons réfléchir à cela, si Dieu le veut.»