Son apparition eut lieu un mercredi, alors qu’il restait quatre jours du mois de Ramadan de l’an deux cent cinquante-cinq (255). Il fut tué un samedi, quand deux nuits de Safar de l’an deux cent soixante-dix (270) s’étaient déjà écoulées. Son règne dura quatorze années, quatre mois et six jours. À Dieu reviennent la louange et la grâce.
On a composé de nombreux poèmes sur la fin de l’État des Zandj et la victoire remportée sur eux (1). Parmi ces poèmes, on trouve les vers de Yahyâ ibn Muḥammad al-Aslamî (2) :
« Je m’exclame alors que le messager de la bonne nouvelle me rapporte une bataille
Qui a rendu à l’islam sa force affaiblie.
Qu’Allah récompense de la meilleure des manières
Celui qui, après que leur sanctuaire eût été profané,
A redonné aux gens le bien dont ils furent privés.
Seul, il s’est consacré à Dieu en un temps où nul ne L’assistait,
Revivifiant une religion qui était devenue vétuste,
Rebâtissant un royaume qui, après sa force, était délabré,
Et prenant des représailles qui annihilent les ennemis.
Il a restauré des constructions qui avaient été détruites et ruinées,
De sorte que les biens détournés nous revinrent intacts.
Des cités, plusieurs fois livrées au pillage et aux flammes,
Ont retrouvé leur vitalité après avoir été désertées.
Il a apaisé le cœur des musulmans par une victoire
Qui a réjoui nos yeux jusqu’alors larmoyants.
Dans chaque mosquée, le Livre de Dieu est récité
Tandis que l’usurpateur, prétendu descendant des Tâlibîyîn, est humilié.
Il s’est détourné de ses bien-aimés, de ses plaisirs,
Et a renoncé aux délices de ce monde pour partir à la conquête. »
( Il s’agit d’un long poème, dont voici un extrait ) (3).
La même année, les Byzantins (ar-Rûm) arrivèrent au nombre de cent mille combattants et campèrent non loin de Tarsus. Les musulmans sortirent à leur rencontre et les attaquèrent de nuit, en tuant près de soixante-dix mille soldats entre le coucher et le lever du soleil ; à Dieu, la louange et la grâce. Ils tuèrent le chef de leur armée, le patrice (baṭrīq) des patrices, et la plupart des survivants furent blessés. Les musulmans saisirent un butin considérable, comprenant notamment sept grandes croix en or et en argent, leur croix la plus précieuse faite d’or massif ornée de pierres précieuses, quatre trônes d’or, deux cents sièges d’argent et de nombreux récipients en argent. Ils s’emparèrent également de dix mille étendards de brocart, de nombreuses pièces de soie, de quinze mille montures, ainsi que de selles, d’armes et d’épées décorées. Ils récoltèrent ainsi énormément de biens, et à Dieu reviennent la louange et la grâce (du début à la fin) (4).