Ils l’exhortèrent parmi les conseillers sincères de son peuple en disant : « Ne te réjouis pas » – c’est-à-dire : ne sois pas arrogant à cause de ce qui t’a été accordé et ne t’enorgueillis pas devant les autres – « car Dieu n’aime pas ceux qui exultent » (28:76), « et recherche, au moyen de ce que Dieu t’a donné, la Demeure de l’Au-delà ». Autrement dit, que ton ambition soit orientée vers l’obtention de la récompense divine dans l’autre monde, car elle est meilleure et plus durable. En même temps, « n’oublie pas ta part dans ce monde » : puise de tes biens ce que Dieu t’a permis, et profite, pour toi-même, des plaisirs licites et agréables. « Et fais le bien comme Dieu a fait le bien envers toi » : sois bienfaisant envers les créatures de Dieu, tout comme Lui, leur Créateur et leur Initiateur, a agi avec bienveillance envers toi. « Et ne recherche pas la corruption sur la terre » : ne leur cause pas de tort, ne sème pas la discorde, en agissant de manière contraire à ce que l’on t’a ordonné de faire à leur égard, sous peine d’être châtié et privé des dons que Dieu t’a accordés, « car Dieu n’aime pas les corrupteurs ».
Face à ce conseil judicieux et explicite, son unique réponse fut : « Il dit : “Je ne l’ai obtenu que grâce à un savoir que je possède” » ; en d’autres termes : « Je n’ai pas besoin de mettre en œuvre ce que vous avez mentionné, ni de m’y conformer. Si Dieu m’a donné cette fortune, c’est qu’Il savait que je la mérite et que j’en suis digne. Sans cela, je ne l’aurais pas reçue, s’Il ne m’aimait pas et si je n’étais pas estimé à Ses yeux. » Dieu, exalté soit-Il, réfuta son argument en déclarant : « Ne savait-il donc pas que Dieu avait anéanti avant lui, parmi les générations passées, ceux qui étaient plus puissants que lui et plus riches ? Et nul compte ne sera réclamé aux criminels au sujet de leurs péchés » (28:78). Cela signifie que nous avons détruit, parmi les peuples antérieurs, ceux qui, à cause de leurs fautes, se montraient plus forts que Qârûn et plus riches en biens et en enfants. Si son raisonnement était juste, nous n’aurions pas châtié ceux qui avaient plus de biens que lui ; et sa grande richesse ne saurait constituer la preuve de Notre amour ni de Notre soin particulier, comme Dieu a dit : « Ni vos biens ni vos enfants ne vous rapprocheront de Nous, excepté ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres » (Saba’ : 37). Il dit aussi : « Pensent-ils que le fait de les pourvoir en biens et en enfants soit pour Nous un moyen de hâter pour eux les bonnes choses ? Au contraire, ils ne le perçoivent pas » (Al-Mu’minûn : 55-56).
Cette réfutation que Dieu lui oppose atteste la justesse de l’interprétation que nous avons donnée à la parole : « Il dit : “Je ne l’ai obtenu que grâce à un savoir que je possède” ». Quant à la prétention selon laquelle il aurait maîtrisé l’art de l’alchimie, ou détenu le Nom Suprême qu’il aurait utilisé pour amasser des richesses, elle n’est pas correcte. En effet, l’alchimie n’est qu’une illusion et un artifice, elle ne saurait transformer la réalité ni imiter l’œuvre du Créateur. Par ailleurs, l’invocation par le Nom Suprême ne peut émaner d’un cœur qui ne croit pas véritablement, or Qârûn était mécréant au fond de lui et hypocrite en apparence. Cette explication ne tiendrait donc pas dans le discours, et nous avons déjà clarifié ce point dans notre ouvrage « at-Tafsîr » (1). Louange à Dieu.
Dieu dit encore : « Il sortit devant son peuple dans tout son apparat. » De nombreux exégètes relatent qu’il était alors paré de manières somptueuses, entouré de montures, de serviteurs et d’une suite nombreuse. La vue de ce faste incita ceux qui admiraient les splendeurs de la vie d’ici-bas à souhaiter être à sa place et à l’envier pour sa fortune. Lorsqu’ils entendirent de telles paroles, les savants lucides et ascètes avertis déclarèrent : « Malheur à vous ! La récompense de Dieu est bien meilleure pour celui qui croit et accomplit une bonne œuvre » – c’est-à-dire que la récompense divine dans l’Au-delà est plus précieuse, plus durable, plus noble et plus élevée. Dieu – exaltée soit Sa grandeur – poursuit : « et nul ne la recevra, si ce n’est ceux qui patientent » (28:80) ; autrement dit, seul celui qui fait preuve de persévérance adoptera cet enseignement, ce point de vue et cette ambition élevée.