Et voici Muḥammad ibn ʿAbd al-Malik ad-Daqīqī (1).
[Puis survint l’an deux cent soixante-sept (de l’Hégire)]. Au cours de cette année, Abū Aḥmad al-Muwaffaq dépêcha son fils Abū l-ʿAbbās avec environ dix mille cavaliers et fantassins, dans la meilleure disposition et le plus grand apparat, pour combattre les Zandj. Ils se mirent donc en marche contre ces derniers et livrèrent plusieurs affrontements et combats célèbres, dont le récit détaillé serait trop long à développer ici. L’imam Abū Jaʿfar ibn Jarīr – qu’Allah lui accorde Sa miséricorde – en a fait un exposé complet dans son « Tārīkh » (2).
En résumé, la situation et la bataille évoluèrent jusqu’à ce qu’Abū l-ʿAbbās ibn al-Muwaffaq reprît aux Zandj les territoires qu’ils avaient conquis dans la région de Wāsiṭ et la contrée du Tigre. Il était alors un tout jeune homme, dépourvu d’expérience militaire. Mais Allah l’a protégé, lui a accordé le butin, a élevé sa parole, assuré sa victoire, exaucé son invocation, et par lui a fait triompher la cause, comblant le jeune prince de Ses bienfaits. Ce même jeune homme accéda plus tard au califat après la mort de son oncle al-Muʿtamid et reçut le titre d’al-Muʿtaḍid, comme on le verra.
Ensuite, Abū Aḥmad al-Muwaffaq Nāṣir dīn Allāh partit de Bagdad au mois de Ṣafar de cette même année, à la tête de troupes nombreuses. Il arriva à Wāsiṭ au mois de Rabīʿ al-Awwal, où son fils vint à sa rencontre pour l’informer de l’état des armées (3) qui l’accompagnaient et des lourdes charges du combat. Abū Aḥmad les honora, lui et les émirs, en leur offrant des robes importantes, puis il conduisit toutes les troupes contre le chef des Zandj. Celui-ci se trouvait dans la cité qu’il avait érigée et nommée al-Manīʿa. Les forces du calife l’y assiégèrent et donnèrent l’assaut (4) ; après de violents combats, elles l’emportèrent et s’emparèrent de la ville de force, tandis que les Zandj en fuyaient. Abū Aḥmad envoya (5) alors une armée à leur poursuite qui les rattrapa dans les marais, où ils furent attaqués et faits prisonniers. De cette cité, Abū Aḥmad s’empara de grands biens et libéra cinq mille femmes musulmanes retenues captives. Il ordonna qu’elles soient renvoyées (6) auprès de leurs proches de Wāsiṭ, puis décida de démolir l’enceinte de la ville et d’en combler le fossé pour la laisser à l’abandon (7), alors qu’elle avait autrefois constitué (8) un lieu de rassemblement humain. Elle redevint donc un lieu dévasté (9), après avoir longtemps servi de refuge au malfaiteur.