Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il était mazdéen, puis il se convertit à l’islam. Abû Yazîd avait deux frères pieux et dévots, mais il était plus éminent qu’eux. On lui demanda : « Par quel moyen es-tu parvenu à cette connaissance ? » Il répondit : « Grâce à un ventre affamé et à un corps nu. » Il disait également : « J’ai appelé mon âme à obéir à Dieu, et elle ne m’a pas répondu ; je l’ai donc privée d’eau pendant une année. » Il déclara aussi : « Quand vous voyez un homme gratifié de miracles (karamât) au point de s’élever dans les airs, ne vous laissez pas abuser par lui tant que vous n’avez pas observé comment il se comporte à l’égard des ordres et des interdits, la sauvegarde des limites et le respect de la Loi révélée(1). »

Le juge Ibn Khallikân(2) dit de lui : « Il avait de multiples stations spirituelles, des luttes intérieures renommées et des miracles évidents. Sa mort eut lieu en l’an 261. » J’ajoute : On a rapporté de lui des propos qui connurent des excès (shath), et de nombreux savants, tant parmi les soufis que parmi les juristes, les ont commentés. Certains en ont donné des interprétations lointaines, d’autres ont affirmé qu’il les avait prononcés dans un état d’extase (istilâm) ou de gratitude (shukr). D’aucuns l’ont jugé innovateur et fautif. Dieu est plus savant.

[Ensuite s’écoula l’année 262]

Cette année-là, Ya‘qûb ibn al-Layth apparut à la tête de puissantes armées et entra de force dans Wâsit. Le calife al-Muʿtamad sortit alors lui-même de Sâmurrâ pour l’affronter, et prit position entre Bagdad et Wâsit. Son frère Abû Ahmad al-Muwaffaq bi-llâh fut désigné pour le combattre à la tête d’une armée massive, avec Mûsâ ibn Bughâ à son aile droite et Masrûr al-Balkhî à son aile gauche. Au mois de Rajab de cette même année, on livra durant plusieurs jours un combat d’une extrême violence, puis la victoire revint à Abû Ahmad sur Ya‘qûb et ses hommes, un jour de la fête des Rameaux (Shaʿnîn). De nombreux soldats de Ya‘qûb furent tués, et Abû Ahmad obtint un riche butin en or, en argent, en musc et en montures.

On rapporte qu’on trouva dans l’armée de Ya‘qûb des étendards portant des croix. Par la suite, al-Muʿtamad rentra à al-Madâʾin, rétablit Muhammad ibn Tâhir dans ses fonctions à Bagdad, et ordonna de lui accorder cinq cent mille dirhams.

(1) Ḥilyat al-Awliyāʾ (10/40), Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (13/88). (2) Wafayāt al-Aʿyān (2/531), où il est dit : Sa mort eut lieu en l'an soixante et un, certains disent quatre-vingt-quatre et deux cents (soit 284). (3) Dans l'édition : Il lui a été attribué des propos erronés ; ceux-ci ont été examinés attentivement par de nombreux juristes et soufis, qui les ont interprétés dans des sens éloignés. Certains d'entre eux ont affirmé qu'il tenait ces propos dans un état d'istilām (perte de conscience) et d'absence. Certains savants ont considéré cela comme une innovation majeure (bidʿa) et l'ont condamné, estimant qu'elle témoigne d'une croyance pervertie et latente dans le cœur, qui se manifeste en certains instants. Dieu sait mieux. (4) « Istilām » : la mort ou la coupure, ici désignant l'absence.
مجوسيًا فأسلم، وكان لأبي يزيد أخوان صالحان عابدان، وهو أجلُّ منهما؛ وقد قيل له: بأيِّ شيءَ وصلتَ إلى هذه المعرفة؟ فقال: ببطنٍ جائع، وبدنٍ عارٍ. وكان يقول: دعوْتُ نفسي إلى طاعة الله فلم تجبْني، فمنعتها الماء سنةً. وقال أيضًا: إذا نَظَرْتُم إلى الرجل قد أُعطِي من الكَرَامات حتَّى يرتفع في الهواء، فلا تغْترُّوا به حتى تنظروا كيف تجدونه عند الأمر والنَّهْي وحفظ الحدود وأداء الشريعة (١) . قال القاضي ابن خلكان (٢) : وله مقامات كثيرة، ومجاهدات مشهورة، وكرامات ظاهرة. وكانت وفاته سنة إحدى وستين ومئتين؛ (رحمه الله) . قلت: وقد حُكِي (٣) عنه كلمات فيها شطح، وقد تكلَّم كثير من العلماء من الصوفيّة والفقهاء عليها؛ فمِن متأوَّل على المحامِل البعيدة، أو قائل: إن هذا قاله في حال الاصطلام (٤) والشُّكر؛ ومن مبتدعٍ ومخطئ، والله أعلم. [ثم دخلت سنة اثنتين وستين ومئتين] فيها قدم يعقوب بن الليث في جحافِل، فدخل واسط قهرًا، فخرج الخليفة المعتمد بنفسه من سامُرَّا لقتاله، فتوسَّط بين بغداد وواسطَ، فانتدب له أبو أحمد الموفّق بالله أخو الخليفة، في جيشٍ عظييم، على ميمنته موسى بن بُغا، وعلى ميسرته مسرور البلخيُّ، فاقتتلوا في رجب من هذه السنة أيامًا قتالًا عظيمًا هائلًا، ثم كانت الغلبة على يعقوب وأصحابه، وذلك يوم عيد الشعانين، فقتل منهم خلق كثيرون، وغنم منهم أبو أحمد شيئًا كثيرًا من الذهب والفضة والمسك والدواب. ويقال: إنهم وجدوا في جيش يعقوب هذا راياتٍ عليها صلبان. ثم انصرف المعتمد إلى المدائن، ورَدَّ محمد بن طاهر إلى نيابة بغداد، وأمر له بخمسمئة ألف درهم.
(١) حلية الأولياء (١٠/ ٤٠)، سير أعلام النبلاء (١٣/ ٨٨). (٢) وفيات الأعيان (٢/ ٥٣١)، وجاء فيه: وكانت وفاته سنة إحدى وستين، وقيل أربع وستين ومئتين. (٣) في ط: وقد حكي عنه شطحات ناقصات، وقد تأملها كثير من الفقهاء والصوفية، وحملوها على محامل بعيدة. وقد قال بعضهم: إنه قال ذلك في حال الاصطلام والغيبة. ومن العلماء من بدَّعه وخطّأه، وجعل ذلك من أكبر البدع، وأنها تدل على اعتقادٍ فاسدٍ كامنٍ في القلب، ظهر في أوقاته، والله أعلم. (٤) "الاصطلام": الموت والانقطاع، وهو هناك الغيبة.

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