Nous dirions à qui nous interroge là-dessus pour l’en informer : « Il est depuis ce jour ici, à jouer avec les garçons. » Puis al-Aṣmaʿī récita ces vers :
« Quel excellent compagnon pour le jeune homme, lorsque la nuit se fait fraîche à l’approche de l’aube et que le vent froid cingle !
Dieu l’a ornée dans mon cœur tout comme Il pare aux yeux d’un père son enfant. »
[Ensuite, l’année 258 de l’Hégire débuta.]
Le lundi, dix jours avant la fin de Rabīʿ al-Awwal, le calife al-Muʿtamad ʿalā Allāh accorda à son frère Abū Aḥmad le commandement de l’Égypte, de Qinnasrīn et des districts frontaliers (al-ʿawāṣim). Le jeudi, premier jour de Rabīʿ al-Ākhir, il s’assit en assemblée officielle ; on revêtit alors son frère et Mufliḥ d’habits d’honneur. Ils se mirent en route vers Baṣra à la tête d’une armée nombreuse en hommes et en matériel. Ils livrèrent un combat acharné ; Mufliḥ fut tué à la mi-Jumādā al-Ūlā par une flèche dépourvue de pointe qui l’atteignit en pleine poitrine ; il mourut au matin. Son corps fut transporté à Sāmurrā et y fut enseveli.
La même année, Yaḥyā ibn Muḥammad al-Baḥrānī, l’un des principaux émirs du « Sahib al-Zanj », fut capturé et conduit à Sāmurrā. Il reçut deux cents coups de fouet devant al-Muʿtamad, puis on lui trancha les mains et les pieds de façon croisée, avant de l’abattre à coups d’épée, de l’égorger, puis de le brûler. Les troupes d’Abū Aḥmad l’avaient capturé lors d’une bataille d’envergure contre les Zanj — qu’Allah les avilisse. Quand la nouvelle parvint au « Sahib al-Zanj », il en fut peiné, puis déclara : « On m’avait parlé en sa faveur et on me dit : “Le tuer t’aurait mieux servi ; il était avide et dérobait secrètement les meilleurs butins.” » Quant à ce maudit, le « Sahib al-Zanj » lui-même, qui se réclamait d’une filiation qui n’était pas la sienne, il disait : « On m’a offert la prophétie, mais j’ai eu peur de ne pouvoir assumer son lourd fardeau ; je ne l’ai donc pas acceptée. »
Au cours de Rabīʿ al-Ākhir, Saʿīd ibn Aḥmad al-Bāhilī parvint jusqu’aux portes de l’autorité. Il fut frappé de sept cents coups de fouet jusqu’à ce qu’il meure, puis on le crucifia. Cette même année, on exécuta un juge ainsi que vingt-quatre partisans du « Sahib al-Zanj » à Bāb al-ʿĀmma, à Sāmurrā.
Durant cette période, Muḥammad ibn Wāṣil revint à l’obéissance envers le sultan et apporta le tribut (kharāj) de Fārs. Les affaires y retrouvèrent la stabilité et s’installèrent sur de bonnes bases. Vers la fin de Rajab, Abū Aḥmad engagea une violente bataille contre les Zanj, où un grand nombre de combattants des deux camps périrent. Puis Abū Aḥmad quitta son emplacement et se replia à Wāsiṭ, s’y établissant au début de Shaʿbān. C’est alors que survint un tremblement de terre dans cette région.