Sa piété scrupuleuse et son ascétisme seraient trop longs à détailler ici, d’autant plus que nous nous pressons à cause des événements. Nous en avons pourtant donné une présentation détaillée au début du commentaire du Sahîh. Et c’est Dieu (Exalté soit-Il) que nous implorons pour nous assister.
Il (qu’Allah lui fasse miséricorde) faisait preuve d’une grande pudeur, d’un grand courage, d’une grande générosité, d’une piété sincère et d’un ascétisme marqué dans ce monde promis à la disparition, tout en aspirant à l’au-delà, la demeure de la permanence. Il déclara : « J’espère rencontrer Dieu sans que personne ne m’accuse de l’avoir médis. » On lui parla alors de son ouvrage « At-Tarikh », dans lequel il mentionne la critique et l’éloge (de certains transmetteurs), et d’autres points similaires ; il répondit : « Ce n’est pas du tout la même chose. » Il cita ensuite la parole du Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) : « Laissez-le entrer… Et quel mauvais membre de la tribu ! »(1). Il ajouta : « Nous n’avons fait que rapporter ce hadith selon sa chaîne de transmission, nous ne l’avons pas énoncé de notre propre chef. »
Chaque nuit, il priait treize rak‘as, et au cours de chaque journée de Ramadan, il achevait la lecture intégrale du Coran. Il possédait des biens et une fortune honnête, dont il dépensait en secret comme en public, et multipliait les aumônes, de jour comme de nuit, en toute discrétion ou de façon ostensible. Ses prières étaient exaucées, et il lançait ses traits avec une grande justesse. Il avait une âme noble.
Un certain sultan l’invita à venir chez lui, afin que ses fils puissent l’entendre et apprendre de lui. Il lui répondit : « C’est dans la demeure du juge que l’on se rend pour consulter l’arbitre. »(2), faisant comprendre que, s’ils le souhaitaient, ils devaient venir à lui, et il refusa de se déplacer. Ce sultan était (3) Khâlid ibn Aḥmad adh-Dhahli, le gouverneur de la forteresse az-Zâhiriyya à Boukhara. Le prince en conçut du ressentiment.
Se produisit alors qu’une lettre de Muḥammad ibn Yaḥyâ adh-Dhahli, en provenance de Naysabur, prétendait que Bukhârî affirmait que son énonciation du Coran était créée. Un différend avait déjà opposé Muḥammad ibn Yaḥyâ adh-Dhahli et Bukhârî à ce sujet. Ce dernier rédigea alors son ouvrage « La création des actes des serviteurs » (Khalq af‘âl al-‘ibâd). Le prince voulut détourner les gens de l’écoute de Bukhârî, alors qu’ils le vénéraient grandement. À son retour parmi eux, on avait même jeté sur lui de l’or et de l’argent, le jour de son entrée dans Boukhara, et il avait un cercle d’enseignement dans sa grande mosquée.
Les habitants refusèrent cependant d’obéir au prince. Celui-ci ordonna alors son bannissement (4). Bukhârî quitta la ville et invoqua contre Khâlid ibn Aḥmad. Il ne fallut pas un mois pour qu’Ibn Ṭâhir ordonnât de proclamer l’humiliation de Khâlid ibn Aḥmad, promené sur une ânesse, et son pouvoir s’effondra. On l’emprisonna à Bagdad, où il mourut. Aucun de ceux qui l’avaient soutenu dans cette affaire ne fut épargné par de graves épreuves (5).