Al-Khatîb (1) rapporta qu’un homme se plaignit auprès du calife Al-Muhtadî de son adversaire (2). Le calife rendit alors un jugement équitable entre eux. L’homme se mit à réciter ces vers :
« Vous l’avez établi juge : entre vous, il trancha.
Rayonnant, tel l’éclat de la pleine lune !
Il ne reçoit point de pot-de-vin dans ses jugements,
Et n’a nul égard pour le dépit de celui qui perd. »
Al-Muhtadî billâh lui répondit : « Quant à toi, ô homme, qu’Allâh agrée ta parole. Quant à moi, je ne me suis pas assis avant d’avoir récité ce verset divin :
﴿Et Nous placerons les balances de la justice pour le Jour de la Résurrection : aucune âme ne sera lésée en rien, fût-ce du poids d’un grain de moutarde, Nous l’apporterons, et Nous suffisons comme comptables.﴾ (Les Prophètes, 21 : 47)
Alors, dit-on, ceux qui se tenaient autour de lui se mirent à pleurer, et jamais on ne les vit en aussi grand nombre pleurer autant qu’en ce jour-là.
On raconte aussi (3) qu’Al-Muhtadî jeûna sans relâche depuis son accession au califat jusqu’à ce qu’il fût tué, qu’Allâh lui fasse miséricorde. Il aimait suivre la voie empruntée par ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Omeyyade au temps de son califat, faite de piété, d’ascèse, d’abondance dans l’adoration et de prudence extrême (4).
Aḥmad ibn Sa‘îd al-Omeyyade rapporte : « Nous étions assis à La Mecque avec quelques personnes qui discutaient de grammaire et de poèmes arabes, lorsqu’un homme – que nous prîmes pour un fou – s’approcha de nous et se mit à déclamer (5) :
‘N’auriez-vous pas de pudeur envers Dieu, ô vous, source de mansuétude ?
Vous vous absorbez dans ces matières, alors que les gens traversent la plus grande des épreuves !
Votre imâm vient d’être tué, étendu face contre terre,
tandis que l’islam se découvre désormais éparpillé !
Et vous, vous vous attardez aux poèmes et à la grammaire,
faisant résonner vos voix dans de si douces ornières…’ (6) »