Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Khatîb (1) rapporta qu’un homme se plaignit auprès du calife Al-Muhtadî de son adversaire (2). Le calife rendit alors un jugement équitable entre eux. L’homme se mit à réciter ces vers :

« Vous l’avez établi juge : entre vous, il trancha.
Rayonnant, tel l’éclat de la pleine lune !
Il ne reçoit point de pot-de-vin dans ses jugements,
Et n’a nul égard pour le dépit de celui qui perd. »

Al-Muhtadî billâh lui répondit : « Quant à toi, ô homme, qu’Allâh agrée ta parole. Quant à moi, je ne me suis pas assis avant d’avoir récité ce verset divin :

﴿Et Nous placerons les balances de la justice pour le Jour de la Résurrection : aucune âme ne sera lésée en rien, fût-ce du poids d’un grain de moutarde, Nous l’apporterons, et Nous suffisons comme comptables.﴾ (Les Prophètes, 21 : 47)

Alors, dit-on, ceux qui se tenaient autour de lui se mirent à pleurer, et jamais on ne les vit en aussi grand nombre pleurer autant qu’en ce jour-là.

On raconte aussi (3) qu’Al-Muhtadî jeûna sans relâche depuis son accession au califat jusqu’à ce qu’il fût tué, qu’Allâh lui fasse miséricorde. Il aimait suivre la voie empruntée par ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Omeyyade au temps de son califat, faite de piété, d’ascèse, d’abondance dans l’adoration et de prudence extrême (4).

Aḥmad ibn Sa‘îd al-Omeyyade rapporte : « Nous étions assis à La Mecque avec quelques personnes qui discutaient de grammaire et de poèmes arabes, lorsqu’un homme – que nous prîmes pour un fou – s’approcha de nous et se mit à déclamer (5) :

‘N’auriez-vous pas de pudeur envers Dieu, ô vous, source de mansuétude ?
Vous vous absorbez dans ces matières, alors que les gens traversent la plus grande des épreuves !
Votre imâm vient d’être tué, étendu face contre terre,
tandis que l’islam se découvre désormais éparpillé !
Et vous, vous vous attardez aux poèmes et à la grammaire,
faisant résonner vos voix dans de si douces ornières…’ (6) »

(1) Histoire de Bagdad (3/349), où se trouvent les deux vers, ainsi que dans al-Kāmil d'Ibn al-ʿAṭīr (7/234). (2) Dans la version A : « son droit ». Dans l'Histoire de Bagdad, d'après ʿAbd Allāh ibn Ibrāhīm al-Iskāfī : « Je me suis rendu à la séance du Calife al-Muhtadī, qui présidait une audience pour les plaintes. Un homme est venu l'accuser contre son fils. Il ordonna de faire venir ce dernier, qui fut placé auprès du plaignant. Il l'interrogea au sujet de l'accusation, que celui-ci reconnut. Le Calife ordonna alors à l'homme de verser au fils son dû et lui rédigea un document à cet effet. Une fois terminé, l'homme dit au Calife : Par Dieu, ô Commandeur des croyants, tu n'es rien d'autre que comme le disait le poète : … » (3) Dans B, Dār al-Ẓāhir : « à vous ». (4) « Suivre le jeûne » : c’est-à-dire « le poursuivre ». Histoire de Bagdad (3/350). (5) Dans la version T : « Et s'il avait survécu et trouvé un soutien, il aurait suivi son exemple autant que possible. Il avait pour résolution d’anéantir les Turcs qui humilièrent les califes, les rabaissèrent et profanèrent la dignité du califat. » (6) Histoire de Bagdad (3/351). (7) Dans l'Histoire de Bagdad : « l'ignorance », et dans T : « la grammaire ». (8) Dans Dār al-Ẓāhir : « mujandilān », tous deux synonymes. (9) Dans B, Dār al-Ẓāhir et l'Histoire de Bagdad : « ʿakkafan ». (10) Dans Dār al-Ẓāhir : « sur le plus juste des chemins », dans B : « sur la raison », et dans l'Histoire de Bagdad : « dans l’examen intellectuel ou autre ».
وروى الخطيب (١) : أنَّ رجلًا استعدى المهتدي على خصمه (٢) ، فحكم بينهما بالعَدْلِ، فأنشأ الرجلُ يقولُ: حَكَّمْتُمُوه فقضى بينكُمْ (٣) … أبْلَجُ مثلُ القَمَرِ الزَّاهرِ لا يقبَلُ الرِّشْوَةَ في حُكْمِهِ … ولا يُبَالي غَبَنَ الخاسرِ فقال له المهتدي بالله: أمَّا أنت أيُّها الرَّجُلُ فأحسَنَ اللّهُ مقالتك، وأمَّا أنا فإنِّي ما جلست حتَّى قرأت قوله تعالى: ﴿وَنَضَعُ الْمَوَازِينَ الْقِسْطَ لِيَوْمِ الْقِيَامَةِ فَلَا تُظْلَمُ نَفْسٌ شَيْئًا وَإِنْ كَانَ مِثْقَالَ حَبَّةٍ مِنْ خَرْدَلٍ أَتَيْنَا بِهَا وَكَفَى بِنَا حَاسِبِينَ (٤٧) ﴾ [الأنبياء: ٤٧] . قال: فبكَى الناس حوله، فما رؤي أكثر باكيًا من ذلك اليوم. وقال بعضُهم: سَرَدَ (٤) المهتدي الصَّوْمَ منذ ولي إلى أن قتل، (رحمه الله) . وكان يحب الاقتداء بما سلكه عمرُ بن عبد العزيز الأموي في أيام خلافته، من الورع والتقشّف وكثرة العبادة وشدة الاحتياط (٥) . وقال أحمد بن سعيد الأمويّ: كنا جلوسًا بمكَّة وعندي جماعة يبحثون في النَّحو وأشعار العرب، إذ وقف علينا رجلٌ نظنه مجنونًا، فأنشأ يقول (٦) : أمَا تَسْتَحُونَ اللّهَ يا مَعْدِنَ الحِلْم (٧) … شُغِلْتُمْ بذا والنَّاسُ في أعظمِ الشغْلِ إمامُكُم أضْحَى قتيلًا مجدَّلًا (٨) … وقد أصبحَ الإسلامُ مفترِقَ الشَّمْلِ وأنتمْ على الأشعارِ والنَّحوِ عُكَّفٌ (٩) … تصيحونَ بالأصواتِ في أحسنِ السُّبْلِ (١٠)
(١) تاريخ بغداد (٣/ ٣٤٩)، وفيه البيتان، وهما في الكامل لابن الأثير (٧/ ٢٣٤). (٢) في آ: حقه. وفي تاريخ بغداد عن عبد الله بن إبراهيم الإسكافي قال: حضرت مجلس المهتدي وقد جلس للمظالم، فاستعداه رجل على ابن له، فأمر بإحضاره، فأحضر، وأقامه إلى جنب الرجل، فسأله عمّا ادعاه عليه فأقرَّ به، فأمره بالخروج له عن حقه، فكتب له بذلك كتابًا، فلما فرغ، قال له الرجل: واللّه يا أمير المؤمنين ما أنت إلا كما قال الشاعر: … (٣) في ب، ظا: عليكم. (٤) "سرد الصوم": أي تابعه. تاريخ بغداد (٣/ ٣٥٠). (٥) بعدها في ط: ولو عاش ووجد ناصرًا لسار سيرته ما أمكنه، وكان من عزمه أن يبيد الأتراك الذين أهانوا الخلفاء وأذلوهم، وانتهكوا منصب الخلافة. (٦) تاريخ بغداد (٣/ ٣٥١). (٧) في تاريخ بغداد: الجهل، وفي ط: النحو. (٨) في ظا: مجندلا، وهما بمعنى. (٩) في ب، ظا وتاريخ بغداد: عكّفًا. (١٠) في ظا: في أنسب السبل، وفي ب: في العقل. وفي تاريخ بغداد: في است أم ذا العقل.

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