Il déclara (1) qu’en l’an deux cent quarante-neuf, il se présenta en prétendant être ʿAlī b. Muḥammad b. al-Faḍl b. al-Ḥasan b. ʿUbayd Allāh (2) b. al-ʿAbbās b. ʿAlī b. Abī Ṭālib. Il appela alors les habitants de Hajar à lui obéir, et une partie d’entre eux le suivit. De ce fait, d’importants combats éclatèrent, de vastes discordes survinrent et de nombreuses guerres se déclenchèrent.
Lorsqu’il se manifesta cette année-là (3), une multitude de Zandj, chargés de nettoyer les marais salants (4), se rallièrent à lui. Il traversa avec eux le Tigre et s’installa à ad-Dīnārī. Il prétendait, auprès de certains ignorants parmi ses partisans, être Yaḥyā b. ʿAmmū Abū al-Ḥusayn, mort près de Koufa. Il affirmait également avoir mémorisé en une seule heure plusieurs sourates du Coran — «Subḥān» (al-Isrā’), al-Kahf et Ṣād — qu’aucun autre ne serait capable de retenir en si peu de temps. Il raconta qu’un jour, alors qu’il se trouvait en pleine steppe, il réfléchit à la destination vers laquelle se diriger (5), et qu’il aurait reçu des directives venues d’un nuage, l’incitant à se rendre à Baṣra ; il s’y achemina donc.
À son arrivée près de la ville, il constata que les habitants étaient divisés en deux factions : les «Saʿdiyya» et les «Bilāliyya». Il espéra rallier l’une d’entre elles pour s’en servir contre l’autre, mais n’y parvint pas. Il partit alors pour Bagdad, où il séjourna un an. Là-bas, il se réclamait de la descendance de Muḥammad b. Aḥmad b. ʿĪsā b. Zayd et prétendait pouvoir sonder les cœurs de ses compagnons, affirmant que Dieu l’en informait. Son discours trouva crédit auprès d’une population ignorante et d’un certain nombre de gens du commun, qui se mirent à le suivre.
Puis il revint dans la région de Baṣra au mois de Ramaḍān de cette même année, accompagné d’une foule nombreuse, mais dépourvue d’armement. Il est rapporté qu’une armée venue de Baṣra marcha contre eux et les affronta. Dans cette troupe rebelle, il n’y avait pourtant que trois sabres ; malgré cela, ils mirent l’ennemi en déroute, alors qu’ils étaient quatre mille combattants. Il avança ensuite vers Baṣra avec ceux qui l’entouraient. Un habitant de Jubba lui offrit un cheval, mais faute de selle ou de bride, il jeta une corde sur l’animal, le chevaucha et lui passa un lien de fibres autour de la mâchoire.
Quelque temps après, il rançonna un homme sous la menace de le tuer, et obtint de lui cent cinquante dinars et mille dirhams. Ce fut le premier bien qu’il s’empara dans cette région. Il confisqua ensuite trois barādhīn (8) à un autre homme, puis, dans un autre lieu, s’empara de quelques armes et marchandises. Il poursuivit sa route avec un effectif réduit, dépourvu de chevaux et d’équipement, mais il livra plusieurs batailles contre les armées du lieutenant de Baṣra, qu’il mit à chaque fois en déroute (9). Après chacune de ses victoires, sa réputation grandissait, ses partisans augmentaient et ses forces se renforçaient. Toutefois, il n’attaquait pas les biens de la population, n’entendant s’en prendre qu’aux richesses du sultan.