La succession d’al-Muhtadî bi-llah, Abû ‘Abd Allâh Muhammad ibn al-Wâthiq ibn al-Mu‘tasim, débuta lorsque son investiture fut prononcée un mercredi, dans la nuit qui précédait la fin du mois de Rajab de cette année. Cela eut lieu après que l’al-Mu‘tazz se fut lui-même démis de ses fonctions en sa présence, en attestant qu’il était incapable de diriger les affaires du califat, et qu’il préférait en remettre la charge à celui qui saurait l’assumer : Muhammad ibn al-Wâthiq bi-llah. Puis il tendit la main et lui prêta serment avant tous les autres. Ensuite vinrent l’allégeance des proches puis celle de la population en général. Un acte fut rédigé contre al-Mu‘tazz, dans lequel il reconnaissait son renoncement, son incapacité et proclamait son allégeance à al-Muhtadî.
Le dernier jour de ce même mois de Rajab, une violente émeute éclata à Bagdad : la population demeura aux côtés du gouverneur Sulaymân ibn ‘Abd Allâh ibn Tâhir, et l’on appela à prêter allégeance à Abû Ahmad ibn al-Mutawakkil. C’était parce que les habitants de Bagdad ignoraient encore qu’à Sâmurrâ, on avait prêté serment de fidélité à al-Muhtadî bi-llah ibn al-Wâthiq. Un grand nombre de Bagdadiens furent tués ou noyés. Ce n’est qu’une fois que les gens prêtèrent, au septième jour de Sha‘bân, l’allégeance générale à al-Muhtadî bi-llah, et que la nouvelle parvint aux habitants de Bagdad, que ceux-ci se calmèrent ; l’ordre revint et al-Muhtadî exerça pleinement le califat, louange à Dieu.
Au mois de Ramadân de cette même année, on découvrit chez Qabîha, la mère d’al-Mu‘tazz, des sommes immenses et des joyaux de grande valeur : environ deux millions de dinars, un volume d’émeraudes (comme on n’en avait jamais vu) équivalant à un makkûk, un autre makkûk de pierres de grande taille, ainsi qu’une kaylaja de rubis rouges incomparables. Auparavant, ces biens étaient dissimulés chez Sâlih ibn Wasîf, puis on les lui retira. Par la suite, elle invoqua Dieu contre lui :
« Ô Dieu ! Humilie Sâlih ibn Wasîf, comme il a porté atteinte à mon honneur, tué mon fils, dispersé ma famille, pris mes biens, m’a exilée de mon pays et s’est rendu coupable d’indécence à mon égard. »
Les Turcs avaient réclamé à son fils, al-Mu‘tazz, cinquante mille dinars pour assurer leur solde et avaient promis de tuer Sâlih ibn Wasîf s’ils les obtenaient. Al-Mu‘tazz ne disposait d’aucune somme à leur donner ; il s’adressa donc à sa mère Qabîha – que Dieu la déshonore – pour qu’elle lui prête cet argent, mais elle refusa sous prétexte de ne rien posséder. Finalement, on mit au jour chez elle les biens mentionnés. Ses revenus fonciers annuels s’élevaient par ailleurs à dix millions de dinars par an.
Ainsi, la succession califale se consolida au profit d’al-Muhtadî bi-llah, et – louange à Dieu – il fut un calife vertueux. Un jour, il déclara aux émirs :
« Je n’ai pas, moi, de mère dont les revenus fonciers atteignent dix millions de dinars. Je ne souhaite que ma subsistance, sans rien de surplus, si ce n’est de quoi venir en aide à mes frères, car ils sont dans le besoin. »