Al-Khatîb al-Baghdâdî (1) a rapporté, d’après ‘Alî ibn Harb, qui dit : « Je suis entré auprès d’al-Muʿtazz bi-llâh, et je n’ai jamais vu de calife au visage plus beau que le sien. Lorsque je l’aperçus, je me suis prosterné. Alors il me dit : “Ô vieil homme, te prosternes-tu devant autre que Dieu ?” Je lui répondis : “Abû ʿÂṣim al-Ḍaḥḥâk ibn Makhlad, dit al-Nabîl, nous a rapporté : ‘Bakkâr ibn ʿAbd al-ʿAzîz ibn Abî Bakra nous a transmis d’après son père, d’après son grand-père, que le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) se prosternait pour rendre grâce à Dieu lorsqu’il voyait quelque chose qui le réjouissait ou apprenait une nouvelle heureuse.’” (2)
Al-Zubayr ibn Bakkâr raconte également : « Je suis allé trouver al-Muʿtazz alors qu’il était émir. Lorsqu’il apprit ma venue, il sortit à ma rencontre en toute hâte et trébucha, puis il s’exclama (3) :
“Le jeune homme meurt d’un faux pas de la langue… et non d’un faux pas du pied.
Car son faux pas de la bouche peut le précipiter à sa perte… alors qu’un faux pas du pied se guérit à la longue.”
De même, al-Ḥâfiẓ Ibn ʿAsâkir (4) rapporte qu’al-Muʿtazz, lorsqu’il maîtrisa parfaitement le Coran de son vivant, alors que son père al-Mutawakkil était encore là, suscita l’intérêt de ce dernier. Les grands dignitaires, les émirs et les notables se réunirent alors à Sâmarrâ (Surr Man Ra’â) pour célébrer l’événement pendant plusieurs jours, et il s’ensuivit des circonstances mémorables. Lorsque l’enfant monta en chaire, salua son père en tant que calife et adressa son sermon au peuple, on répandit des joyaux dans des plateaux ainsi que de l’or et des dirhams à la fois aux proches et au public dans la résidence califale. La valeur de ces pierres précieuses dispersées s’élevait à cent mille dinars, à quoi s’ajouta l’équivalent en or et un million de dirhams, sans compter les vêtements d’apparat, les colliers et les étoffes innombrables. Ce fut un moment marquant : jamais on ne vit réjouissance plus éclatante ni plus belle dans la demeure califale.
Le calife offrit par ailleurs à la mère d’al-Muʿtazz, nommée Qabîḥa, de magnifiques présents et la combla de largesses. Il en fit de même pour le précepteur d’al-Muʿtazz, Muḥammad ibn ʿImrân, à qui il donna de nombreux joyaux, de l’or et bien d’autres présents encore.