Ils suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent mentionné dans la Torah et l’Évangile (al-Aʿrāf, 157). Il (Moïse) dit alors : « Ô Seigneur, je T’ai demandé le repentir pour mon peuple. Tu m’as répondu : “J’ai décrété Ma miséricorde pour un autre peuple que le mien. Si seulement Tu m’avais retardé jusqu’à me faire surgir au sein de la communauté de cet homme béni !” » Il lui fut dit : « Leur repentir consiste à ce que chaque homme tue au sabre quiconque se présente à lui, fût-ce son père ou son fils, sans se soucier de qui il tue à cet instant. » Ceux dont Moïse et Aaron ignoraient les péchés se repentirent de cette manière, car Dieu avait connaissance de leurs fautes ; ils les reconnurent et accomplirent ce qui leur était ordonné, si bien que Dieu pardonna tant au tueur qu’à la victime.
Ensuite, Moïse (que la paix soit sur lui) se mit en route avec eux en direction de la Terre sainte. Il reprit les Tables une fois sa colère apaisée et leur ordonna d’observer les préceptes qui leur avaient été imposés. Mais cela leur parut trop lourd, et ils refusèrent de s’y soumettre. Alors Dieu souleva la montagne au-dessus de leur tête, telle une ombre menaçante, et l’approcha d’eux au point qu’ils craignirent qu’elle ne leur tombe dessus. Ils prirent donc le Livre de leur main droite, tout en restant attentifs, les yeux fixés sur la montagne, le Livre dans leurs mains, et se tenaient derrière elle, de peur qu’elle ne s’abatte sur eux.
Ils avancèrent ensuite jusqu’à la Terre sainte, où ils trouvèrent une ville habitée par des géants à la stature impressionnante, et l’on raconte que leurs fruits eux-mêmes étaient d’une taille remarquable. Ils dirent : « Ô Moïse ! Cette ville recèle un peuple de géants. Nous n’avons pas la force de les affronter et n’y entrerons pas tant qu’ils y demeurent. Mais s’ils en sortent, alors nous y entrerons. » (cf. al-Māʾida, 22). Deux hommes parmi ceux qui craignaient, — on demanda à Yazīd : « Est-ce ainsi qu’il l’a récité ? » Il répondit : « Oui » —, et qui faisaient partie de ces géants ayant cru en Moïse, sortirent vers lui et dirent : « Nous connaissons mieux notre peuple. Si c’est leur grande taille ou leur nombre qui vous effraient, sachez qu’ils n’ont ni courage, ni défense solide. Entrez donc par la porte contre eux. Sitôt que vous y pénétrerez, vous serez victorieux. » Certains disent qu’ils étaient plutôt issus du peuple de Moïse.
Mais ceux qui étaient craintifs parmi les Enfants d’Israël dirent : « Ô Moïse ! Jamais nous n’entrerons dans cette ville tant qu’ils y seront installés. Va, toi et ton Seigneur, et combattez, tandis que nous restons ici. » (al-Māʾida, 24). Cela mit Moïse en colère ; il invoqua alors le châtiment contre eux et les traita de “transgresseurs”. Jamais auparavant il n’avait prié contre eux, malgré leur désobéissance et leurs affronts répétés, mais ce jour-là, il le fit. Dieu exauça son invocation, les nomma “transgresseurs” et leur interdit l’accès à cette terre pendant quarante ans, au cours desquels ils errèrent dans le désert, sans jamais trouver de lieu fixe où se poser.
Dieu leur offrit cependant l’ombre d’un nuage dans le désert, fit descendre sur eux la manne et les cailles, et leur donna des vêtements qui ne s’usaient ni ne se salissaient pas. Il plaça également au milieu d’eux un rocher de forme carrée et ordonna à Moïse de le frapper de son bâton, faisant jaillir douze sources : trois sur chacun de ses côtés. Chaque tribu savait quelle source lui revenait pour s’y abreuver. Lorsque le peuple d’Israël levait le camp pour se déplacer, ils retrouvaient toujours ce rocher au même endroit qu’ils l’avaient laissé la veille.
Ibn ʿAbbās éleva ce récit jusqu’au Prophète (ﷺ). Il se trouva confirmé à mes yeux que Muʿāwiyya avait entendu Ibn ʿAbbās rapporter ce hadith et avait contesté le fait que l’Égyptien puisse avoir dénoncé Moïse après le meurtre commis, en disant : « Comment l’aurait-il trahi alors qu’il n’en avait pas eu connaissance ? Seul l’Israélite présent sur les lieux le savait. » Ibn ʿAbbās se mit alors en colère et le saisit par la main