Waṣīf et Bugha occupaient leurs fonctions habituelles dans les dīwāns, et il résolut de les mettre à mort. Puis on intercéda en leur faveur, et il se réconcilia avec eux.
Au mois de Rajab de cette année, al-Muʿtazz démit de ses fonctions son frère Ibrāhīm, surnommé al-Muʾayyad, en le destituant de la succession au califat (wilāyat al-ʿahd). Il l’emprisonna, ainsi que son autre frère Abū Aḥmad, après avoir infligé quarante coups de bâton à al-Muʾayyad. Lorsque vint le vendredi sept du mois, il prononça un sermon annonçant cette destitution et lut lui-même le décret à son encontre. Quinze jours plus tard, il mourut. Certains racontent qu’il fut roulé dans une couverture de fourrure de samour dont on tint les deux extrémités, si bien qu’il périt étouffé. D’autres soutiennent qu’il fut lapidé avec des blocs de neige jusqu’à succomber au froid. On le sortit ensuite de prison sans que son corps ne portât la moindre marque. Les juges et les notables furent alors convoqués et attestèrent qu’il n’était pas mort de cause apparente et ne portait aucune trace de blessure. Puis on le plaça sur un âne, avec son linceul, pour le conduire à sa mère qui l’enterra.
[À propos de l’exécution d’al-Mustaʿīn]
Au mois de Shawwāl de la même année, al-Muʿtazz écrivit à son lieutenant Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir, l’exhortant à lever une armée contre al-Mustaʿīn. Celui-ci équipa Aḥmad ibn Ṭūlūn, d’origine turque, qui le rejoignit et fit sortir al-Mustaʿīn six jours avant la fin de Ramaḍān. Ils parvinrent au Qaṭūl le troisième jour de Shawwāl, puis al-Mustaʿīn fut exécuté. Certains affirment qu’il succomba à des coups qui lui furent assénés jusqu’à la mort, d’autres qu’il se noya dans le Dujayl, et d’autres encore qu’il eut la tête tranchée.
Ibn Jarīr (4) rapporte (5) qu’al-Mustaʿīn demanda à Saʿīd ibn Ṣāliḥ al-Turki, alors sur le point de l’exécuter, de lui accorder un instant afin de pouvoir accomplir deux unités de prière. Durant sa dernière prosternation, il fut tué alors qu’il était toujours prosterné, puis son corps fut enterré à cet endroit et on effaça toute trace de sa sépulture. On porta sa tête à al-Muʿtazz, qui jouait alors aux échecs. On lui dit : « Voici la tête du déchu. » Il répondit : « Mettez-la de côté jusqu’à ce que j’aie fini ma partie. » Lorsqu’il eut terminé, il la fixa, ordonna qu’on l’ensevelît, puis offrit à Saʿīd ibn Ṣāliḥ, son meurtrier, cinquante mille dirhams et le désigna pour administrer la collecte d’impôts (maʿūna) à Baṣra.
Cette même année mourut Ismāʿīl ibn Yūsuf al-ʿAlawī, qui avait commis à La Mecque ce que l’on sait, et avait porté atteinte au Sanctuaire sacré de Dieu comme mentionné plus haut. Il périt cette année-là, et son Seigneur ne lui accorda nul sursis.