Le Samirî appartenait à un peuple voisin des Fils d’Israël qui adorait les bovins, sans être lui-même issu des Fils d’Israël. Il partit donc avec Moïse et les Fils d’Israël lorsqu’ils partirent. Or il se trouva qu’il remarqua une trace, dont il saisit une poignée. Puis il passa devant Aaron, qui lui dit : « Ô Samirî, ne jetterais-tu pas ce que tu tiens dans ta main ? » Il le serrait fermement, à l’abri des regards. Il répondit : « C’est une poignée recueillie sur l’empreinte du Messager qui vous fit traverser la mer. Je ne la jetterai qu’à condition que tu invoques Dieu pour que, lorsque je la jetterai, elle se réalise selon mon désir. » Il la jeta alors, et Aaron pria pour lui.
Il déclara : « Je veux qu’il devienne un veau. » Tout ce qui traînait dans la fosse—des biens, des parures, du cuivre ou du fer—se rassembla pour former un veau creux, dépourvu d’âme, mais qui paraissait pousser un mugissement. Ibn ‘Abbâs dit : « Non, par Dieu, il ne produisait aucun son réel ; c’est le vent qui entrait par son arrière et ressortait par sa bouche, créant ainsi ce bruit. »
Les Fils d’Israël se divisèrent alors en plusieurs groupes. L’un d’eux demanda au Samirî : « Ô Samirî, qu’est-ce donc—toi qui sais mieux de quoi il s’agit ? » Il leur répondit : « C’est votre Seigneur, mais Moïse s’est fourvoyé. » Un autre groupe déclara : « Nous ne rejetterons pas cela avant le retour de Moïse. S’il s’avère être notre Seigneur, nous ne l’aurons pas abandonné ni négligé jusqu’à ce que nous l’ayons vu. S’il n’est pas notre Seigneur, alors nous suivrons ce que nous dira Moïse. » Un troisième groupe protesta : « Cela vient de l’œuvre du diable, ce n’est pas notre Seigneur ; nous n’y croyons pas et nous ne l’acceptons pas. » Pour leur part, certains cachèrent en leur for intérieur qu’ils croyaient aux propos du Samirî sur le veau, tout en l’affichant comme mensonge.
Aaron —que la paix soit sur lui— leur dit : « Ô mon peuple, ce n’est qu’une épreuve à laquelle vous êtes confrontés, et votre vrai Seigneur est le Tout Miséricordieux » (Coran 20:90) ; ce veau n’est donc pas votre Seigneur. Ils rétorquèrent : « Que dire alors de Moïse qui nous avait promis trente jours, puis a manqué à sa parole ? Voilà maintenant quarante jours écoulés. » Les plus insensés s’écrièrent : « Son Seigneur s’est trompé, et Moïse Le recherche et Le poursuit. »
Lorsque Dieu adressa la parole à Moïse et lui communiqua ce qu’Il voulut, Il l’informa de ce que son peuple avait fait après son départ. C’est ainsi que Moïse revint vers son peuple en colère et chagriné, leur reprochant ce dont le Coran fait mention. Il saisit son frère par la tête et le tira à lui (cf. Coran 7:150), jetant les Tables sous le coup de la colère. Puis il excusa son frère, tenant compte de sa justification, et implora le pardon pour lui, avant de se tourner vers le Samirî.
Moïse lui demanda : « Qu’est-ce qui t’a poussé à agir ainsi ? » Il répondit : « J’ai saisi une “poignée de l’empreinte du Messager” ; je l’ai comprise, tandis qu’elle vous était cachée. Je l’ai alors jetée. Ainsi mon âme me l’a suggéré (cf. Coran 20:96). » Moïse lui dit : « Va-t’en ! Ta punition dans cette vie sera de dire “Ne me touchez plus !”. Tu as aussi un rendez-vous que tu ne pourras manquer. Regarde maintenant ton dieu que tu adorerais avec assiduité : nous allons le brûler et en disperser la cendre dans la mer (cf. Coran 20:96-97). S’il avait été un dieu, il s’en serait préservé. »
Les Fils d’Israël comprirent alors qu’il s’agissait d’une épreuve. Ceux dont l’opinion rejoignait celle d’Aaron s’en réjouirent et dirent à la communauté : « Ô Moïse, prie pour qu’une porte de repentir nous soit ouverte, afin que nous accomplissions ce qui effacera notre faute. » Moïse choisit donc soixante-dix hommes parmi les meilleurs des Fils d’Israël, ceux qui n’avaient pas commis de faute, pour aller implorer le pardon divin. La terre se mit alors à trembler sous leurs pieds. Le Prophète de Dieu —que la paix soit sur lui— se sentit confus vis-à-vis de son peuple et de sa délégation, en voyant ce qui leur arrivait. Il dit : « Si Tu l’avais voulu, Tu aurais pu les faire périr auparavant, ainsi que moi-même. Nous détruiras-Tu pour les actes des sots d’entre nous ? » (cf. Coran 7:155).
Parmi eux, il y en avait dont Dieu savait que le cœur demeurait attaché à l’amour et à la foi en ce veau. C’est pour cela que la terre les fit trembler. Alors Dieu dit : « Ma miséricorde embrasse toute chose. Je la prescrirai à ceux qui ont la crainte (de Moi), acquittent l’aumône et croient en Nos signes » (cf. Coran 7:156), [ceux qui…, etc.].