Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La foule, s’estimant en droit de faire valoir son innocence devant la masse, se réunit avec la populace auprès de la demeure d’Ibn Ṭāhir, où le calife séjournait. Ils demandèrent que celui-ci se montrât pour qu’ils puissent l’apercevoir (1) et l’interroger au sujet d’Ibn Ṭāhir, afin de savoir s’il était satisfait de lui ou non. Le tumulte et les cris se prolongèrent jusqu’à ce que le calife apparût du haut de l’endroit où ils se tenaient, vêtu de noir, la burda prophétique au-dessus de ses épaules et tenant en main le bâton.

Il leur déclara dans le discours qu’il leur adressa : « Je vous en conjure, par le droit de celui à qui appartiennent cette burda et ce bâton, retournez chez vous et agréez Ibn Ṭāhir, car il ne m’est nullement suspect. » Alors la populace se tut et regagna ses demeures.

Ensuite, le calife quitta la maison d’Ibn Ṭāhir pour celle de Rizq le serviteur, au début du mois de Dhû al-Ḥijja. Il dirigea la prière de l’Aïd pour ses fidèles le jour de l’Aïd al-Aḍḥâ, dans l’île faisant face à la demeure d’Ibn Ṭāhir. Ce jour-là, il se présenta devant les gens, précédé de la lance, portant la burda et tenant en main le bâton. Ce fut un jour mémorable à Bagdad, malgré le siège et la flambée des prix qui témoignaient de la détresse et de la peur. Nous implorons Dieu de nous accorder la protection ici-bas et dans l’au-delà.

Lorsque la situation s’aggrava, que les difficultés s’intensifièrent, que toute issue fut bloquée, que les hommes s’épuisèrent et que les familles eurent faim, Ibn Ṭāhir commença à dévoiler ce qu’il nourrissait en secret, à savoir la destitution d’al-Mustaʿīn. Il se mit à le lui suggérer, puis l’aborda ouvertement à ce sujet et en discuta avec lui en ces termes : « Il serait de ton intérêt de renoncer au califat (2) en échange d’une somme d’argent reçue par avance et sur-le-champ ; tu percevrais ensuite chaque année, sur l’impôt foncier, ce que tu désires et dont tu as besoin. » Il poursuivit ses efforts avec insistance (3) jusqu’à ce qu’al-Mustaʿīn finît par lui donner son accord et y consentît. Un document fut alors rédigé, énumérant ce qu’al-Mustaʿīn avait exigé pour abdiquer lui-même du califat.

Le samedi, dix jours avant la fin de Dhû al-Ḥijja, Muḥammad ibn [ʿAbd Allāh ibn] Ṭāhir se rendit à al-Ruṣāfa, convoqua les juges et les juristes, en fit entrer des groupes successifs auprès d’al-Mustaʿīn, et les prit à témoin que ce dernier avait délégué son autorité à Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir, ainsi qu’à une assemblée de chambellans et de serviteurs. Puis il reçut de lui les insignes du califat et demeura auprès d’al-Mustaʿīn jusqu’à une heure avancée (4) de la nuit. Le lendemain matin, les gens s’agitaient (5) et se dispersaient en multiples rumeurs.

Quant à Ibn Ṭāhir, il expédia le document avec un groupe d’émirs auprès d’al-Muʿtazz à Sāmarrā. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui munis de ce document

(1) Dans le texte : « Le réfuter. » (2) Dans le texte : « Le calife. » (3) Dans le hadith d'al-Zubayr : « Il continuait à caresser la bosse et la partie antérieure (du chameau) jusqu'à ce qu'Aïcha lui ait répondu. » « Al-Ghārib » désigne le sommet de la bosse, et « al-Dhirwa » son point le plus élevé. Il veut dire qu'il continuait à la flatter et à être doux avec elle jusqu'à ce qu'elle lui réponde. En fait, lorsqu'un homme veut familiariser un chameau difficile à maîtriser pour qu'il reste proche et lui obéisse, il passe sa main dessus, frotte sa partie antérieure, tresse ses poils et les ébouriffe jusqu'à ce qu'il s'habitue et accepte le harnachement. Cf. al-Lisān (s.d. : « gharb »). (4) « Al-Hawiyy » : la période s'étendant pendant la nuit. Et « un hawiyy de la nuit » signifie un moment précis ou un intervalle de celle-ci. (5) Dans la version du Ṭabaṭabāʼī : « ils mentionnent », ce qui est une altération. Dans le hadith de Khaybar, le Prophète ﷺ a dit : « Demain, je remettrai la bannière à un homme à travers qui Dieu ouvrira les portes (de la victoire). » Ce soir-là, les gens étaient en pleine agitation, se disputant pour savoir à qui il la remettrait, c'est-à-dire ils se livraient à des querelles et des débats. Cf. al-Lisān (s.d. : « dawk »).
ساحتُه من ذلك حقَّ البرَاءة عند العامّة. واجتمعت العامّة والغَوغاء إلى دار ابن طاهر والخليفة نازلٌ بها، فسألوا أن يبرزَ لهم الخليفة ليرو (١) ويسألوه عن ابن طاهر أهو راضٍ عنه أم لا. وما زالت الضجَّة والأصواتُ حتَّى برزَ لهم الخليفة من فوق المكان الذي هم فيه، وعليه السَّواد، ومن فوقه البُردة النبويَّة، وبيده القضيبُ. وقال لهم فيما خاطبهم به: أقسمْتُ عليكم بحق صاحب هذه البُردة والقضيب لَما رجعتم إلى منازلكم ورضيتم عن ابن طاهر، فإنه غير متَّهم لديَّ. فسكت الغَوغاء وتراجعوا إلى منازلهم. ثم انتقل الخليفة من دار ابن طاهر إلى دار رزق الخادم، وذلك في أوائل شهر ذي الحجة، وصلَّى بهم العيد يوم الأضحى في الجزيرة التي بحذاء دار ابن طاهر، وبرز الخليفةُ للناس يومئذ وبين يديه الحربة وعليه البُردة، وبيده القضيب، وكان يومًا مشهودًا ببغداد على ما بأهلها من الحصار وغلاء الأسعار المترجمين عن لباس الجوع والخوف، نسأل اللّه العافية في الدنيا والآخرة. ولمّا تفاقم الأمر، واشتدَّ الحال، وضاق المجالُ، وجهد الرجال، وجاعِ العيال، شرع ابنُ طاهر يُظهر ما كان كامنًا في نفسه من خلْع المستعين، فجعل يعرِضُ له بذلك، ثم كاشفَهُ به، وناظره فيه، وقال له: إنَّ المصلحة تقتضي أن تصالحَ عن الخلافه (٢) على مال تأخذه سلفًا وتعجيلًا، ويكون لك من الخراج في كُلِّ عامٍ ما تختاره وتحتاجه؛ ولم يَزَلْ يَفْتِلُ في الذرْوَة والغَاربِ (٣) حتى أجاب إلى ذلك وأناب. فكُتب بما اشترطه المستعين في خلعه نفسه من الخلافة كتاب. ولمَّا كان يوم السَّبْت لعشر بقين من ذي الحجَّة ركب محمد بن [عبد اللّه بن] طاهر إلى الرُّصافة، وجمع القضاة والفقهاء، وأدخلهم على المستعين فوجًا فوجًا، وأشهدهم عليه أنه قد صيَّر أمره إلى محمد بن عبد الله بن طاهر، وكذلك جماعة الحجّاب والخدَم، ثم تسلَّم منه جوهر الخلافة، وأقام عند المستعين إلى هُويٍّ (٤) من الليل. وأصبح الناس يَدوكون (٥) ويتنوعون فيما يقولون من الأراجيف. وأمَّا ابنُ طاهر فإنَّه أرسل بالكتاب مع جماعةٍ من الأمراء إلى المعتزّ بسامُرّا، فلمَّا قدِمُوا عليه بذلك
(١) في آ: ليرده. (٢) في آ: الخليفة. (٣) في حديث الزبير: فما زال يَفْتِلُ في الذِّروة والغارب حتى أجابته عائشة إلى الخروج "الغارب": مقدَّم السَّنام، و"الذِّروة": أعلاه. أراد أنه ما زال يخادعها ويتلطفها حتى أجابته، والأصل فيه: أن الرجل إذا أراد أن يؤنس البعير الصَّعْب، ليزمَّه وينقاد له، جَعَل يُمِرُّ يده عليه، ويمسح غاربه، ويفتِلُ وَبَرُه حتى يستأنِسَ، ويضع فيه الزِّمام. اللسان (غرب). (٤) "الهويّ": الساعة الممتدّة من الليل. ومضى هويٌّ من الليل: أي هزيع منه. (٥) في ط: يذكرون وهو تحريف. وجاء في حديث خيبر: أنَّ النبي ﷺ ، قال: لأعطين الراية غدًا رجلًا يفتح اللّه على يديه، فبات الناس يَدوكون تلك الليلة فيمن يدفعها إليه. أي يخوضون ويموجون ويختلفون فيه. اللسان (دوك).

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