La foule, s’estimant en droit de faire valoir son innocence devant la masse, se réunit avec la populace auprès de la demeure d’Ibn Ṭāhir, où le calife séjournait. Ils demandèrent que celui-ci se montrât pour qu’ils puissent l’apercevoir (1) et l’interroger au sujet d’Ibn Ṭāhir, afin de savoir s’il était satisfait de lui ou non. Le tumulte et les cris se prolongèrent jusqu’à ce que le calife apparût du haut de l’endroit où ils se tenaient, vêtu de noir, la burda prophétique au-dessus de ses épaules et tenant en main le bâton.
Il leur déclara dans le discours qu’il leur adressa : « Je vous en conjure, par le droit de celui à qui appartiennent cette burda et ce bâton, retournez chez vous et agréez Ibn Ṭāhir, car il ne m’est nullement suspect. » Alors la populace se tut et regagna ses demeures.
Ensuite, le calife quitta la maison d’Ibn Ṭāhir pour celle de Rizq le serviteur, au début du mois de Dhû al-Ḥijja. Il dirigea la prière de l’Aïd pour ses fidèles le jour de l’Aïd al-Aḍḥâ, dans l’île faisant face à la demeure d’Ibn Ṭāhir. Ce jour-là, il se présenta devant les gens, précédé de la lance, portant la burda et tenant en main le bâton. Ce fut un jour mémorable à Bagdad, malgré le siège et la flambée des prix qui témoignaient de la détresse et de la peur. Nous implorons Dieu de nous accorder la protection ici-bas et dans l’au-delà.
Lorsque la situation s’aggrava, que les difficultés s’intensifièrent, que toute issue fut bloquée, que les hommes s’épuisèrent et que les familles eurent faim, Ibn Ṭāhir commença à dévoiler ce qu’il nourrissait en secret, à savoir la destitution d’al-Mustaʿīn. Il se mit à le lui suggérer, puis l’aborda ouvertement à ce sujet et en discuta avec lui en ces termes : « Il serait de ton intérêt de renoncer au califat (2) en échange d’une somme d’argent reçue par avance et sur-le-champ ; tu percevrais ensuite chaque année, sur l’impôt foncier, ce que tu désires et dont tu as besoin. » Il poursuivit ses efforts avec insistance (3) jusqu’à ce qu’al-Mustaʿīn finît par lui donner son accord et y consentît. Un document fut alors rédigé, énumérant ce qu’al-Mustaʿīn avait exigé pour abdiquer lui-même du califat.
Le samedi, dix jours avant la fin de Dhû al-Ḥijja, Muḥammad ibn [ʿAbd Allāh ibn] Ṭāhir se rendit à al-Ruṣāfa, convoqua les juges et les juristes, en fit entrer des groupes successifs auprès d’al-Mustaʿīn, et les prit à témoin que ce dernier avait délégué son autorité à Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir, ainsi qu’à une assemblée de chambellans et de serviteurs. Puis il reçut de lui les insignes du califat et demeura auprès d’al-Mustaʿīn jusqu’à une heure avancée (4) de la nuit. Le lendemain matin, les gens s’agitaient (5) et se dispersaient en multiples rumeurs.
Quant à Ibn Ṭāhir, il expédia le document avec un groupe d’émirs auprès d’al-Muʿtazz à Sāmarrā. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui munis de ce document