Al-Muʿtazz écrivit à Muḥammad b. ʿAbd Allāh b. Ṭāhir pour l’inviter à se rallier à sa cause, en lui rappelant les pactes et les engagements qu’al-Mutawakkil avait exigés de lui, stipulant que le califat, après al-Muntaṣir, lui reviendrait. Muḥammad ne prêta pourtant aucune attention à sa requête, mais lui répondit en avançant des justifications dont il serait trop long de rendre compte ici.
Ensuite, chacun, al-Mustaʿīn et al-Muʿtazz, écrivit à Mūsā b. Bughā l’Aîné, alors posté aux confins de la Syrie pour combattre les habitants de Ḥimṣ, afin de le rallier à sa propre cause. Ils lui envoyèrent des étendards à distribuer à qui il voudrait parmi ses partisans. Al-Mustaʿīn ordonna par ailleurs à Mūsā de venir jusqu’à Bagdad et de désigner quelqu’un pour le suppléer. Mūsā se mit alors en route sans délai et se rendit rapidement à Sāmarrā (1), où il se rangea du côté d’al-Muʿtazz contre al-Mustaʿīn.
C’est ainsi que ʿAbd Allāh b. Bughā s’enfuit de Bagdad pour rejoindre son père à Sāmarrā, à l’instar d’autres émirs et soldats turcs. Al-Muʿtazz confia alors à son frère Abū Aḥmad b. al-Mutawakkil la responsabilité de combattre al-Mustaʿīn et prépara pour cela une armée. Abū Aḥmad partit à la tête de cinq mille hommes, composés de Turcs et d’autres soldats, en direction de Bagdad. Il fit halte à ʿUkbarā (2) un vendredi, où il accomplit la prière et invoqua la protection divine pour son frère al-Muʿtazz. Puis il arriva à Bagdad dans la nuit du dimanche, sept jours avant la fin de Ṣafar. Là, les troupes se rassemblèrent.
Un homme du nom de Bādhinjānah, issu de l’armée d’Abū Aḥmad (3), s’exclama :
« Ô fils de Ṭāhir, voici qu’arrivent contre vous les armées de Dieu, où la mort est éparse.
À leur tête se tient Abū Aḥmad : quel excellent maître, quel excellent soutien ! »
De longues batailles s’engagèrent alors, entraînant de terribles désordres, qu’Ibn Jarīr (4) relate de manière détaillée. Al-Muʿtazz dépêcha ensuite, sous la conduite de Mūsā b. Ashnas, trois mille hommes en renfort à son frère Abū Aḥmad b. al-Mutawakkil. Ils parvinrent à destination la nuit précédant le dernier jour de Rabīʿ al-Awwal, prirent position sur la rive occidentale près de la porte de Quṭrubbul, tandis qu’Abū Aḥmad et ses compagnons se trouvaient à la porte de Shamāsiyyah. Les hostilités allaient croissant, la lutte était âpre et nombreux furent les tués.
Ibn Jarīr (5) rapporte qu’al-Muʿtazz écrivit à son frère Abū Aḥmad pour lui reprocher son manque de détermination à combattre les habitants de Bagdad. Abū Aḥmad lui renvoya alors ce propos :
« Sur la route de la mort, il n’est d’issue pour nul d’entre nous,
Et pour le temps, il est parfois large et parfois resserré. »