Kathîr ibn ʿUbayd al-Ḥimṣî (1)
Et Naṣr ibn ʿAlî al-Jahḍamî (2).
[Puis commença l’année 251 (de l’Hégire)]
Au cours de cette année, al-Mustaʿîn, Bughâ al-Ṣaghîr et Waṣîf décidèrent de faire tuer Bâghir al-Turkî, l’un des grands chefs militaires ayant participé à l’assassinat d’al-Mutawakkil, dont les fiefs s’étaient considérablement étendus et dont les charges s’étaient multipliées (3). Bâghir fut donc tué, et la maison de son scribe, Dulayl ibn Yaʿqûb an-Naṣrânî, fut pillée, de même que ses biens et ses provisions. Le calife embarqua alors dans une ḥarrâqa à Sâmurrâ pour se rendre à Bagdad. Les affaires se troublèrent du fait de son départ pour cette ville, et ce fut le [cinquième] (4) jour de Muḥarram. Le calife descendit à la demeure de Muḥammad ibn ʿAbd Allâh ibn Ṭâhir.
Cette même année, une grave discorde éclata entre l’armée de Bagdad et celle de Sâmurrâ : les gens de Sâmurrâ appelèrent à prêter serment d’allégeance à al-Muʿtazz, tandis que les habitants de Bagdad restèrent fidèles à al-Mustaʿîn. Al-Muʿtazz et son frère al-Muʾayyad furent libérés de prison, et les gens de Sâmurrâ prêtèrent serment à al-Muʿtazz. Celui-ci s’empara alors des réserves du Trésor (Bayt al-mâl) qui se trouvaient à Sâmurrâ, où il découvrit (5) cinq cent mille (500 000) dinars, ainsi que dans le coffre (6) de la mère d’al-Mustaʿîn un million de (1 000 000) dinars, et dans les réserves d’al-ʿAbbâs ibn al-Mustaʿîn six cent mille (600 000) dinars. La position d’al-Muʿtazz à Sâmurrâ gagna ainsi en puissance.
Al-Mustaʿîn ordonna à Muḥammad ibn ʿAbd Allâh ibn Ṭâhir de fortifier Bagdad, d’ériger les deux murailles et de creuser le fossé, ce qui coûta trois cent mille (300 000) dinars et trente mille (30 000) supplémentaires. Il confia à chaque porte de la ville un émir chargé de la garder. On érigea sur la muraille cinq mangonneaux, parmi lesquels un très grand appelé « al-Ghaḍbân », ainsi que six ʿarrâdât (7), et l’on prépara l’armement et tout l’équipement militaire nécessaire. Enfin, on coupa les ponts de toutes parts pour empêcher l’armée ennemie d’y accéder.