Il se mit à se procurer des armes et à les forger (1), à préparer l’équipement et à rassembler des hommes. Le lieutenant de Koufa – al-Husayn ibn Ismāʿīl – quitta la ville et s’établit à l’extérieur. De larges renforts, envoyés par le calife et par Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir, affluèrent auprès de lui, et ils purent se reposer tandis que leurs chevaux reprenaient des forces (2).
Le treizième jour de Rajab, certains, dépourvus de clairvoyance, suggérèrent à Yaḥyā ibn ʿUmar de monter à cheval pour engager le combat contre al-Ḥusayn ibn Ismāʿīl, et de prendre son armée par surprise. Il partit donc avec une importante troupe, où se trouvaient de nombreux cavaliers et fantassins, y compris de simples habitants de Koufa, dépourvus d’armes. Ils se mirent en route. Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux (3), leurs adversaires s’étaient déjà dressés face à eux. Un violent affrontement s’ensuivit au milieu de l’obscurité de la fin de la nuit. À l’aube, les compagnons de Yaḥyā ibn ʿUmar se débandèrent, [la cavalerie les écrasa, et on trouva Yaḥyā ibn ʿUmar] dont le cheval l’avait désarçonné et qui avait reçu une lance dans le dos. On lui trancha la tête, que l’on porta à l’émir avant de l’envoyer à Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir. Celui-ci la fit aussitôt parvenir au calife entre les mains d’un homme appelé ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, frère de ʿAbd al-Raḥmān ibn al-Khaṭṭāb. La tête fut d’abord exposée quelques instants à Sāmarrā, puis envoyée (5) à Bagdad pour y être exhibée au pont. Mais la foule nombreuse (6) s’y opposa, si bien qu’elle fut finalement placée dans les réserves d’armes.
Lorsque la tête de Yaḥyā ibn ʿUmar fut apportée à Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir, la population vint le féliciter pour sa victoire. Abū Hāshim Dāwūd ibn al-Haytham al-Jaʿfarī entra alors et lui dit : « Ô émir ! On te félicite d’avoir tué un homme pour lequel, si le Messager de Dieu (ﷺ) était encore en vie, il aurait été lui-même endeuillé. » Muḥammad ne sut que répondre. Abū Hāshim ressortit en récitant (7) :
« Ô Banū Ṭāhir, mangez-le jusqu’à la lie…
Car la chair du Prophète n’est pas chose aisée.
En vérité, quiconque a pour vengeur celui-là (le Prophète)…
Sa vengeance finit inéluctablement par s’accomplir. »
Quant au calife al-Mustaʿīn, il avait dépêché un émir (8) auprès d’al-Ḥusayn ibn Ismāʿīl, le lieutenant de Koufa. Une fois Yaḥyā ibn ʿUmar tué, et l’armée entrée dans la ville, cet émir voulut y massacrer la population. Al-Ḥusayn ibn Ismāʿīl l’en empêcha, épargnant toute la population, blanche ou noire. C’est ainsi que Dieu éteignit cette dissension.