Ô pitié pour l’étranger dans la ville déserte… Qu’a-t-il fait de lui-même ? Il s’est séparé de ses bien-aimés ; ainsi, ni eux n’ont profité de la vie après lui, ni lui n’en a profité !
C’est pour cette raison qu’il mourut cette année (1), [l’an 250 de l’Hégire].
Cette année-là, à Koufa, apparut Abû al-Husayn Yahyâ ibn ‘Umar ibn Yahyâ ibn Husayn (2) ibn Yazîd ibn ‘Alî ibn al-Husayn ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib, dont la mère était Fâtima bint al-Husayn ibn ‘Abd Allâh ibn Ismâ‘îl ibn ‘Abd Allâh ibn Ja‘far ibn Abî Tâlib. En effet, ayant subi une grande misère, il se rendit à Sâmurrâ’ pour demander à Wasîf de lui verser une allocation, mais celui-ci lui répondit durement. Il retourna donc à Koufa, autour de laquelle se rassembla un grand nombre de Bédouins, puis une partie des gens de Koufa se joignit également à lui. Il s’installa à al-Fallûja (3), tandis que la foule grossissait. Alors, Muhammad ibn ‘Abd Allâh ibn Tâhir, représentant du calife en Irak, écrivit au gouverneur de Koufa – Ayyûb (4) ibn al-Hasan ibn Mûsâ ibn Ja‘far ibn Sulaymân – pour l’enjoindre de le combattre.
Auparavant, Yahyâ ibn ‘Umar était entré à Koufa avec un groupe de ses partisans et s’empara du Trésor public, n’y trouvant que deux mille dinars et soixante-dix mille dirhams. Il fit alors connaître son mouvement à Koufa : il ouvrit les deux prisons, libéra leurs détenus, chassa les fonctionnaires du calife, s’empara de leurs biens et les mit sous son autorité. Ainsi, sa position s’affermit, et beaucoup de gens, parmi les Zaydites ou autres, prêtèrent allégeance à son appel.
Il quitta ensuite Koufa pour en gagner la campagne environnante, puis revint vers la ville. ‘Abd al-Rahmân ibn al-Khatâb, surnommé Wajh al-Fals, vint à sa rencontre et l’affronta dans un combat acharné, à l’issue duquel Wajh al-Fals fut défait. Yahyâ ibn ‘Umar entra de nouveau à Koufa et appela à l’investiture du « choisi » issu de la Famille de Muhammad. Sa puissance grandit considérablement ; nombre d’habitants de Koufa et d’ailleurs le rejoignirent, de même que des gens de Bagdad parmi le commun et d’autres affiliés au chiisme, qui l’aimèrent davantage qu’aucun autre insurgé de la Maison prophétique.