Ibn Jarîr (1) rapporta que sa mère entra auprès de lui alors qu’il était atteint de la maladie dont il devait mourir. Elle lui demanda : « Comment vas-tu ? » Il répondit : « Le bas monde m’a échappé, tout comme l’au-delà. » On rapporte qu’il récita, lorsque tout était perdu pour lui et qu’il n’avait plus aucun espoir de survivre, au moment d’agoniser (2) : « Mon âme ne s’est point réjouie de ce monde que j’ai obtenu… Mais je m’en vais vers le Seigneur, le Très-Généreux. »
Il mourut un dimanche, cinq jours avant la fin de Rabî‘ al-Âkhir de cette année, à l’heure de la prière de l’après-midi, à l’âge de vingt-cinq ans. On dit aussi qu’il avait vingt-cinq ans et six mois. Tout le monde s’accorde néanmoins à dire qu’il ne tint le califat que pendant six mois, pas davantage.
Ibn Jarîr (3) rapporte encore, d’après certains de ses compagnons, qu’il entendait constamment les gens, autant la masse que d’autres, affirmer lorsque l’Al-Muntasir accéda au califat : « Il ne s’y maintiendra que six mois », à l’exemple de Shîrûyah ibn Kisrâ après avoir tué son père. C’est en effet ce qui arriva.
Al-Muntasir était ayan (aux yeux proéminents), aquilin (4), de petite taille, imposant, et de forte constitution. Il fut le premier calife abbasside dont la tombe fut mise en évidence (5), sur les conseils de sa mère, Habachiyya la Romaine. Parmi ses bonnes paroles, on compte cette phrase : « Par Dieu, jamais un homme faux ne connaîtra la vraie puissance, même si la lune se levait sur son front ; et jamais un homme de vérité ne connaîtra l’humiliation, même si le monde entier s’unissait contre lui (6). »
Vint ensuite le califat d’al-Musta‘în bi-llâh, c’est-à-dire Abû al-‘Abbâs Aḥmad ibn Muḥammad ibn al-Mu‘taṣim. Il fut investi du califat le jour de la mort d’al-Muntasir et tous lui prêtèrent serment d’allégeance. Mais une petite faction turque se souleva contre lui en criant : « Ô Mu‘tazz, ô Manṣûr ! », et beaucoup de monde se joignit à eux. La majorité de l’armée soutint alors al-Musta‘în, et ils livrèrent de violents combats pendant plusieurs jours, causant de nombreuses victimes dans les deux camps. Plusieurs endroits de Bagdad furent pillés et il y eut beaucoup de troubles, puis la situation se stabilisa finalement en faveur d’al-Musta‘în. Celui-ci révoqua et nomma, retira et octroya, commanda et interdit (7).