Elle écrivit sur sa joue, avec de la précieuse fragrance (1), « Jaʿfar ». Puis il contempla cela, et composa ces vers :
« Ô celle qui, sur sa joue, a tracé en musc “Jaʿfar”…
Que mon âme soit le prix de l’endroit même où le musc a laissé son empreinte.
Certes, si elle a confié à sa joue un simple trait de musc,
Elle a déposé dans mon cœur des lignes entières d’amour.
Ô toi dont l’aspiration cachée est Jaʿfar,
Que Dieu accorde la rosée bienfaisante de tes lèvres à Jaʿfar.
Et toi qui, pour le serviteur soumis à la royauté de ta main droite,
Te montres obéissante en tout ce que tu caches et dévoiles. »
Puis il dit que le calife al-Mutawakkil ordonna à ʿArīb (2) de chanter ces vers. Al-Fath ibn Khāqān (3) raconta : « Un jour, j’entrai auprès d’al-Mutawakkil, et je le trouvai silencieux et pensif. Je lui demandai : “Ô Commandeur des Croyants, pourquoi donc es-tu soucieux ? Par Dieu, nul sur terre ne vit dans plus de bien-être, ni n’a l’esprit plus tranquille que toi.” Il me répondit : “Plus heureux que moi est l’homme qui possède une demeure spacieuse, une épouse vertueuse, une subsistance aisée, qui ne nous connaît pas pour que nous puissions lui nuire, et qui n’a pas besoin de nous pour que nous le méprisions.” »
Il était aimé de ses sujets, il les maintenait dans la Sunna. Certains l’ont comparé à aṣ-Ṣiddīq (Abou Bakr) lorsqu’il s’opposa aux renégats jusqu’à ce qu’ils reviennent à la religion, et à ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz lorsqu’il rétablit les biens injustement saisis par les Umayyades. Il fit revivre la Sunna après qu’elle eut été supplantée par l’innovation, et il éteignit ces innovations après qu’elles se furent répandues et rendues notoires. Que Dieu lui fasse miséricorde (4).
Quelqu’un l’aperçut en songe après sa mort, assis au milieu d’une lumière. Il lui dit : “Al-Mutawakkil ?” Il répondit : “Al-Mutawakkil.” “Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ?” demanda-t-il. “Il m’a pardonné”, répondit-il. “En raison de quoi ?” “Pour le peu de Sunna que j’ai fait revivre.”
Al-Khaṭīb (5) rapporta, d’après Ṣāliḥ ibn Aḥmad, que la nuit de la mort d’al-Mutawakkil, il le vit en songe comme s’il était emporté vers le ciel, tandis qu’une voix disait :
“Un roi est conduit vers un Roi juste,
Plein de grâce et de pardon, sans aucune dureté.”
Et il transmit également d’après ʿAmr ibn Shaybān al-Ḥalabī, qui dit : “La nuit où al-Mutawakkil fut tué, je vis quelqu’un dire…” »