Devant lui, un homme entra à ce moment-là et lui dit : « Ô Ahmad, il m’est né cette nuit un enfant et je ne possède rien. » Ahmad leva les yeux vers le ciel et déclara : « Ô mon Maître, déjà si vite ? » Puis il s’adressa à l’homme : « Prends ces dirhams pour toi. » Il ne lui en laissa aucun et dut même emprunter de la farine pour sa famille.
On rapporte (1), d’après son serviteur, qu’il se rendit dans la région frontalière (2) pour le ribât (3). Les présents affluèrent vers lui du début de la matinée jusqu’à midi, puis il les distribua jusqu’au coucher du soleil. Ensuite, il me dit : « Sois ainsi : ne repousse rien de ce que Dieu accorde et ne garde rien à l’abri de Lui. »
Lorsque l’épreuve (la mihna) apparut à l’époque du calife al-Ma’mûn et atteignit Damas, Ahmad ibn Abî l-Ḥawârî, Hishâm ibn ‘Ammâr, Sulaymân ibn ‘Abd al-Raḥmân et ‘Abd Allâh ibn Dhakwân furent tous désignés. Ils répondirent à l’injonction, sauf Ahmad ibn Abî l-Ḥawârî, qui fut emprisonné à la « Dâr al-Ḥijârah ». Puis, sous la menace, il répondit par allusion, contraint, avant d’être relâché — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Une nuit, alors qu’il se trouvait au poste frontière, il passa la nuit entière à répéter ce verset : « C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi que nous implorons l’aide » (Al-Fâtiha, v. 5), jusqu’à l’aube.
Il jeta ensuite ses livres à la mer en disant : « Certes (4), ces ouvrages sont un guide vers Dieu (– Exalté soit-Il –), mais il est vain de continuer à s’occuper du guide après avoir atteint la destination (5). »
Et il déclara encore : « Il n’existe aucun guide vers Dieu si ce n’est Lui-même, et l’on ne recherche la science qu’en vue de parfaire l’étiquette du service (6). »
Il a dit : « Celui qui connaît ce monde s’en détache, celui qui connaît l’au-delà y aspire, et celui qui connaît Dieu recherche avant tout Sa satisfaction (7). »
Il a également dit : « Quiconque considère ce monde avec amour et désir voit Dieu lui retirer la lumière de la certitude et du renoncement (8). »
Il raconta aussi : « Au début de mes démarches, je dis à Abû Sulaymân ad-Dârânî : “Fais-moi une recommandation.” Il me demanda : “Veux-tu vraiment être conseillé ?” Je lui répondis : “Oui, si Dieu le veut.” Il poursuivit : “Oppose-toi à ta propre âme dans toutes ses envies, car elle incite au mal. Garde-toi de mépriser (9) quiconque parmi les musulmans. Fais de l’obéissance à Dieu ton vêtement, de la crainte révérencielle envers Lui ta parure, de la sincérité ta provision et de la véracité ton bouclier. Accepte de moi ce seul conseil, ne t’en sépare jamais et ne l’oublie pas : celui qui éprouve de la pudeur envers Dieu en tout temps et en toute situation…” »