«– Fais-le venir !
– Il répondit : « Je ne sais pas où il est. »
– L’autre répliqua : « Au contraire, je le sais : il est dans ton ventre. Que Dieu te combatte (1) !»
Aḥmad ibn Abī l-Ḥawārī (2), qui se nomme également ‘Abd Allāh ibn Maymūn ibn ‘Ayyaš ibn al-Ḥārith, Abū l-Ḥasan al-Taghlibī al-Ghaṭafānī, figure parmi les ascètes les plus renommés, les grands dévots cités et les pieux dignes d’éloges (4). Doté d’un état spirituel élevé et de miracles authentiques, il était originaire de Kufa et s’installa à Damas, où il fut disciple du shaykh Abū Sulaymān al-Dārānī – que Dieu leur fasse miséricorde.
Il transmit des ḥadīths d’après Sufyān ibn ‘Uyaynah, Waki‘, Abū Usāmah et bien d’autres. Quant à ceux qui ont rapporté de lui, on compte Abū Dāwūd, Ibn Māja, Abū Ḥātim, Abū Zur‘ah al-Dimashqī, Abū Zur‘ah (5) al-Rāzī, ainsi qu’un grand nombre d’autres narrateurs. Abū Ḥātim l’a mentionné et en a fait l’éloge. Yaḥyā ibn Ma‘īn a dit : « Je crois que Dieu abreuve les gens du Shām grâce à lui. » De son côté, al-Junayd ibn Muḥammad disait : « Il est la ‘rayḥānah’ (la fleur parfumée) du Shām. »
L’historien ḥāfiẓ Ibn ‘Asākir (6) rapporte qu’il avait fait le serment à Abū Sulaymān al-Dārānī de ne point le contrarier (et de ne pas lui désobéir) (7). Un jour, il se présenta à lui pendant qu’il s’adressait à ses disciples :
« Ô mon maître, on a déjà allumé le four, que me commandes-tu ? » Abū Sulaymān, occupé avec les gens, ne lui répondit pas. Aḥmad réitéra la question deux fois, puis une troisième, et Abū Sulaymān finit par lui dire : « Va t’asseoir dedans. » Ensuite, il poursuivit sa discussion avec ses auditeurs. Au bout d’un moment, il se ravisa et dit à ceux qui étaient présents : « J’ai dit à Aḥmad d’aller s’asseoir dans le four, et je crains qu’il ne l’ait fait. Allons-y. » Ils s’y rendirent et le trouvèrent assis à l’intérieur du four, sans qu’un seul de ses cheveux n’eût brûlé.
Il est également rapporté (8) qu’Aḥmad ibn Abī l-Ḥawārī se réveilla un matin, après la naissance de son enfant, sans rien posséder pour subvenir à ses besoins. Il dit alors à son serviteur : « Va nous emprunter un poids (waznah) de farine. » Et tandis qu’il s’exécutait, un homme vint déposer deux cents dirhams au domicile d’Aḥmad.