Au mois de Ṣafar de cette année, un échange de prisonniers eut lieu entre les musulmans et les Byzantins, si bien qu’environ quatre mille musulmans furent libérés. Au mois de Šaʿbān, une forte pluie s’abattit sur Bagdad et dura plus ou moins vingt et un jours. Dans la région de Balḫ, on rapporte qu’une pluie tomba, n’étant rien d’autre que du sang frais.
Cette année-là, la direction du pèlerinage (ḥaǧǧ) fut confiée à Muḥammad b. Sulaymān al-Zaynabī. Parmi les notables qui y prirent part figurait Muḥammad b. ʿAbd Allāh b. Ṭāhir, à qui revint la charge de l’organisation du pèlerinage.
Parmi les personnalités décédées cette même année, on compte Aḥmad b. Ibrāhīm al-Dawrāqī, al-Ḥusayn b. al-Ḥasan al-Marwazī, Abū ʿAmr al-Dūrī – l’un des célèbres lecteurs du Coran –, Muḥammad b. Muṣaffā al-Ḥimṣī et Diʿbil b. ʿAlī, fils de Razīn b. Sulaymān al-Khuzāʿī, leur affranchi, poète licencieux, éloquent dans l’éloge mais encore plus dans la satire.
On rapporte que Diʿbil se présenta un jour chez Sahl b. Hārūn, le secrétaire, qui était avare. Celui-ci l’invita à son repas et l’on servit un coq dans un plat, mais l’animal était si coriace qu’aucun couteau ne parvenait à le couper et qu’aucune dent ne pouvait le mâcher. Or, on constata que la tête du coq manquait. Sahl demanda alors au cuisinier : « Malheur à toi ! Qu’as-tu fait de la tête ? » Celui-ci répondit : « Je pensais que vous ne la mangeriez pas et je l’ai donc jetée. » Sahl s’écria : « Malheur à toi ! Par Dieu, je critique déjà qu’on jette les deux pattes, qu’en est-il alors de la tête ? Elle contient les quatre sens, c’est d’elle que sort le cri, elle possède en elle-même un mérite ; ses deux yeux, on s’y réfère comme exemple ; sa crête, c’est un objet de bénédiction ; et son os est parmi les plus tendres. Si tu n’en voulais pas… »