Moïse. L’une des deux femmes reçut donc l’ordre de l’appeler ; elle se rendit auprès de lui et l’invita. Lorsqu’il lui adressa la parole, (Al-Qasas : 25) « Il dit : “N’aie pas peur, tu as échappé à ce peuple injuste.” » En effet, Pharaon et les siens n’avaient alors plus aucune autorité sur nous et nous n’étions plus dans son royaume. (Al-Qasas : 26) « L’une des deux femmes dit : “Ô mon père, emploie-le. Car le meilleur que tu puisses employer est celui qui est fort et digne de confiance.” »
C’est alors que, par un mouvement de jalousie protectrice, il (le père) lui demanda : « D’où sais-tu quelle est sa force et sa loyauté ? » Elle répondit : « Pour sa force, j’ai pu l’observer lorsqu’il a puisé de l’eau pour nous : je n’ai jamais vu personne plus vigoureux que lui en cette tâche. Quant à sa loyauté, c’est qu’il m’a regardée lorsque je suis venue à lui et qu’il se montrait attentif. Mais dès qu’il s’est rendu compte que j’étais une femme, il a baissé la tête et ne l’a plus relevée avant que je ne lui transmette ton message. Puis il m’a dit : “Marche derrière moi et indique-moi le chemin.” Il n’aurait pu agir ainsi que par pure honnêteté. » Le père se rassura alors, la crut et supposa que ce qu’elle disait était vrai. Il lui adressa cette proposition : « Serais-tu disposé (Al-Qasas : 27) “à épouser l’une de mes deux filles, à condition que tu travailles à mon service pendant huit années ? Si tu les complètes jusqu’à dix, ce sera de ton propre gré, et je ne veux pas te mettre en difficulté. Tu me trouveras, si Dieu le veut, au nombre des gens de bien.” » Moïse accepta. Il fut donc tenu de servir huit années, les deux supplémentaires étant un engagement qu’il avait pris. Dieu fit que Moïse tint parole : il servit ainsi pendant dix ans.
Sa‘îd (c’est Sa‘îd ibn Jubayr) (1) rapporta : « Un homme parmi les savants chrétiens me rencontra et me demanda : “Sais-tu combien d’années Moïse a finalement accomplies ?” Je répondis : “Non, à l’époque je ne le savais pas.” Plus tard, je rencontrai Ibn ‘Abbâs. Je lui rapportai la question, et il me dit : “Ne sais-tu pas que huit ans étaient imposés au Prophète de Dieu (Moïse) et qu’il n’allait pas en retrancher quoi que ce soit ? De plus, sache que Dieu avait décidé que Moïse honorerait sa promesse en entier, si bien qu’il a servi dix ans.” » J’allai donc informer le chrétien de sa réponse, et il me dit : « Celui que tu as consulté et qui t’a délivré ce savoir est plus érudit que toi. » Je répliquai : « Assurément, il l’est. »
Lorsque Moïse partit avec sa famille, il se produisit, au sujet du feu, du bâton et de sa main, ce que Dieu t’a raconté dans le Coran. Il se plaignit au Très-Haut de ce qu’il redoutait de la part de la famille de Pharaon à cause de l’homme qu’il avait tué, ainsi que de la lourdeur de sa langue : il avait en effet un défaut d’élocution qui l’empêchait de s’exprimer longuement. Il implora alors son Seigneur de lui accorder l’assistance de son frère Aaron, afin que celui-ci le soutienne et parle à sa place dans tout ce que sa propre langue ne pouvait clairement exprimer. Dieu exauça alors sa prière et dénoua un lien sur sa langue. Il révéla à Aaron l’ordre de partir à la rencontre de Moïse. Ce dernier (2) se mit donc en chemin avec son bâton jusqu’à ce qu’il rejoigne Aaron ; ensemble, ils se rendirent auprès de Pharaon, et ils demeurèrent un certain temps à sa porte avant qu’on ne les autorise à entrer, et ce, après bien des refus.
Une fois admis, ils dirent : « Nous sommes les envoyés de ton Seigneur. » Il répondit : « Et qui est votre Seigneur ? » Ils l’informèrent alors de ce que Dieu avait raconté dans le Coran. Il demanda : « Que voulez-vous ? » Ils rappelèrent l’affaire de l’homme tué, et Moïse s’en excusa de la manière que tu sais. Il poursuivit : « Je veux que tu croies en Dieu et que tu laisses partir les Enfants d’Israël avec moi. » Mais Pharaon refusa et rétorqua : « Apporte une preuve, si tu es véridique. » Moïse jeta donc son bâton, qui se transforma en un énorme serpent (3) ouvrant grand sa gueule et se ruant vers Pharaon. À cette vue, Pharaon en fut effrayé, bondit loin de son trône et implora Moïse de l’épargner ; Moïse obtempéra. Puis il sortit sa main de son vêtement : elle apparut blanche, sans aucun mal, c’est-à-dire sans dépigmentation. Lorsqu’il la remit, elle retrouva sa couleur initiale.