Hannâd ibn as-Sarî (1).
[Puis vint l’année deux cent quarante-quatre]
Au mois de Safar de cette année, le calife al-Mutawakkil entra dans la ville de Damas avec toute la splendeur du califat. Ce fut un jour mémorable. Il résolut de s’y établir et ordonna d’y transférer les bureaux de l’État, ainsi que de faire construire des palais, ceux qui se situent sur la route de Dâriyâ. Toutefois, il trouva la ville malsaine : son air était froid et humide, et son eau lourde, comparés à l’air et à l’eau d’Irak. Il remarqua que l’air commençait à se mouvoir après midi en été, et que le vent et la poussière persistaient jusqu’à près du tiers de la nuit. Il y constata également une abondance de puces. Lorsque l’hiver arriva, il fut témoin d’une quantité exceptionnelle de pluies et de neiges ; les prix flambèrent alors qu’il restait en ville, et tout approvisionnement cessa à cause du mauvais temps et de la neige. Il en fut contrarié.
Il dépêcha alors Bugha en terre byzantine, puis, vers la fin de l’année, repartit à Sâmurrâ après avoir séjourné à Damas pendant deux mois et dix jours. Dieu est plus savant.
Cette même année, on apporta au calife al-Mutawakkil la lance qui était portée devant le Messager de Dieu (ﷺ) le jour de la fête et en d’autres occasions. Elle appartenait autrefois au Négus (le roi d’Abyssinie), qui l’avait offerte à az-Zubayr ibn al-‘Awwâm, puis celui-ci l’avait donnée au Prophète (ﷺ) (2). Lorsqu’elle parvint à al-Mutawakkil ‘ala-llâh, il en fut extrêmement heureux et ordonna au chef de la police de la porter devant lui, à l’exemple de ce qui se faisait devant le Messager de Dieu (ﷺ).
Cette année-là également, al-Mutawakkil se mit en colère contre le médecin Bakhtîshû‘ (3), l’exila et s’empara de ses biens. De même, la conduite du pèlerinage incomba à ‘Abd as-Samad, cité précédemment.
Et il advint cette année que le jour de la fête de l’Aïd al-Adhâ coïncida avec le jour de la fête des pains sans levain (4) chez les Juifs et le dimanche des Rameaux (Sha‘ânîn) des chrétiens, ce qui est vraiment chose (5) étonnante et singulière.