Il se mit alors dans une vive colère, parce qu’il (l’Égyptien) avait agressé l’Israélite tout en connaissant son rang au sein des Enfants d’Israël et la bienveillance que Moïse leur témoignait. [Les gens n’en savent rien de plus, si ce n’est qu’il s’agissait d’un lien d’allaitement que Moïse compléta, à moins que Dieu – glorifié soit-Il – n’ait informé Moïse (paix sur lui) de quelque chose à ce sujet (1) qu’Il n’a pas dévoilée aux autres.]
Alors Moïse assena un coup au Pharaonien et le tua. Personne ne les vit hormis Dieu et l’Israélite. Quand Moïse eut tué l’homme, il s’exclama : « C’est là l’œuvre du Diable. En vérité, c’est un ennemi qui égare de façon manifeste. » [Al-Qaṣaṣ : 15]. Puis il dit : « Seigneur, je me suis fait du tort ; pardonne-moi. » Et Il lui pardonna, car Il est Le Pardonneur, Le Très Miséricordieux. « Il dit : “Seigneur, puisque Tu m’as comblé de bienfaits, jamais je ne soutiendrai les criminels.” Le lendemain matin, il se retrouva dans la cité, craintif, à l’affût… » [Al-Qaṣaṣ : 16-18].
On rapporta alors l’affaire à Pharaon : « Les Enfants d’Israël ont tué un homme de la famille de Pharaon. Rends-nous justice sans leur accorder de faveur ! » Pharaon répondit : « Cherchez-moi le coupable et qui peut témoigner contre lui. Car, même si le roi penche plutôt du côté des siens, il ne convient pas qu’il exécute sans preuve ni confirmation valable. Trouvez-moi la vérité sur cette affaire, et je vous rendrai justice. »
Pendant qu’ils cherchaient quelqu’un pour attester, Moïse vit, le jour suivant, le même Israélite se défendre contre un autre homme de la famille de Pharaon. L’Israélite implora l’aide de Moïse contre le Pharaonien, mais Moïse, regrettant déjà ce qu’il avait fait la veille, n’approuvait pas ce qui se passait. En voyant l’insistance de l’Israélite, Moïse se mit en colère, prêt à châtier le Pharaonien. Il s’adressa alors à l’Israélite : « Mais tu es clairement un égaré ! » [Al-Qaṣaṣ : 18]. L’Israélite, remarquant la colère de Moïse comparable à celle de la veille où il avait tué le Pharaonien, craignit qu’il ne veuille cette fois s’en prendre à lui. Il s’écria : « Ô Moïse, veux-tu me tuer comme tu as tué un homme hier ? » [Al-Qaṣaṣ : 19], car il craignait vraiment que Moïse le vise. Ils se séparèrent.
Le Pharaonien, entendant ces propos où l’Israélite disait : « Veux-tu me tuer comme tu as tué un homme hier ? », alla aussitôt révéler l’affaire à ses gens. Pharaon envoya alors ses bourreaux pour tuer Moïse, qui prirent la grande route sans se presser, persuadés qu’il ne pouvait leur échapper. Mais un homme, l’un des partisans de Moïse, vint de l’extrémité de la ville en coupant chemin pour le devancer et l’avertir. C’est l’une des épreuves (al-fitoun), ô Ibn Jubayr.
Moïse s’enfuit alors vers Madyan. Il n’avait encore jamais connu pareille détresse et n’avait aucune expérience de la route, sinon sa bonne confiance en son Seigneur, car il disait : « Peut-être que mon Seigneur me guidera vers la voie droite ! » [Al-Qaṣaṣ : 22]. Lorsqu’il arriva près du point d’eau de Madyan, il trouva un attroupement de gens faisant boire leurs troupeaux et, à l’écart, deux femmes qui retenaient les leurs. [Al-Qaṣaṣ : 22-23]. Il comprit que celles-ci attendaient que les hommes aient fini d’abreuver leurs bêtes, car elles ne pouvaient rivaliser avec eux. Moïse puisa alors une grande quantité d’eau pour les aider, si bien qu’il termina avant tout le monde. Les deux femmes s’en allèrent ensuite avec leurs bêtes chez leur père, et Moïse s’installa à l’ombre d’un arbre en disant : « Seigneur, j’ai grand besoin du bien que Tu voudras m’accorder. » [Al-Qaṣaṣ : 24].
Le père des deux femmes trouva étrange qu’elles reviennent si tôt avec un troupeau bien abreuvé. Il leur dit : « Il y a quelque chose de nouveau aujourd’hui. » Elles lui relatèrent alors ce que Moïse avait fait.