Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Certains émirs s’adressèrent au calife al-Mutawakkil en ces termes : « Ô Commandeur des croyants, Ahmad ibn Hanbal ne mange pas de ta nourriture, ne boit pas de ta boisson, ne s’assoit pas sur ton lit, et il déclare illicite ce que tu consommes. » Le calife leur répondit : « Par Dieu, si al-Muʿtaṣim ressuscitait et me parlait au sujet d’Ahmad, je ne fléchirais pas. »

Chaque jour, les émissaires d’al-Mutawakkil se rendaient chez Ahmad pour s’enquérir de ses nouvelles et de son état. Le calife le consulta à propos des biens d’Ibn Abī Duʾād, mais Ahmad ne répondit rien. Il fit ensuite venir Ibn Abī Duʾād de Sāmarrāʾ à Bagdad après qu’il eut attesté lui-même la vente de ses domaines, et tous ses biens furent saisis.

ʿAbd Allāh rapporte : « Lorsque mon père revint de Sāmarrāʾ à Bagdad, ses yeux s’étaient enfoncés dans leurs orbites, et il ne reprit pleinement ses forces qu’au bout de six mois. Il refusa (1) ensuite de s’établir dans la maison de ses proches ou de profiter d’aucun de leurs biens, parce qu’ils avaient accepté l’argent du sultan (2). »

Le départ d’Ahmad vers al-Mutawakkil eut lieu en l’an 237 de l’hégire. Depuis cette date jusqu’à l’année de sa mort, pas un jour ne passait sans qu’un messager d’al-Mutawakkil ne vînt le consulter sur diverses affaires.

Lorsque le calife arriva à Bagdad, il envoya Ibn Khāqān auprès d’Ahmad avec mille dinars pour qu’il les distribue à qui bon lui semblerait, mais Ahmad refusa de les accepter. Il déclara : « Le Commandeur des croyants m’a dispensé de ce qui me répugne », puis il renvoya l’argent.

Quelqu’un écrivit ensuite une requête à al-Mutawakkil, affirmant : « Ô Commandeur des croyants, Ahmad ibn Hanbal insulte tes ancêtres et les accuse d’hérésie (zandaqa). » Al-Mutawakkil annota cette requête en disant : « En ce qui concerne al-Maʾmūn, il fut influencé et laissa les gens s’en prendre à lui. Quant à mon père al-Muʿtaṣim, c’était un homme de guerre qui ne maîtrisait pas la discussion théologique (kalām). Mon frère al-Wāthiq, quant à lui, mérite ce qu’on dit de lui. » Il ordonna alors de frapper l’auteur de la requête de deux cents coups de fouet (3). ʿAbd Allāh ibn Isḥāq ibn Ibrāhīm le fit battre de cinq cents coups. Le calife lui demanda : « Pourquoi l’as-tu frappé de cinq cents coups ? » Il répondit : « Deux cents pour t’obéir, deux cents pour obéir à Dieu et à Son messager, et cent pour avoir calomnié ce cheikh, l’homme pieux qu’est Ahmad ibn Hanbal. »

Le calife écrivit ensuite à l’imam Ahmad pour lui demander conseil au sujet de la parole sur le Coran, par volonté d’être éclairé et non pour débattre ou mettre à l’épreuve. Ahmad lui répondit par une belle lettre, citant des traditions transmises par les Compagnons et d’autres, ainsi que des hadiths remontant au Prophète. Son fils Ṣāliḥ l’a rapportée dans le contexte de l’épreuve (mihna) qu’il a décrite ; elle est transmise de lui et d’autres l’ont relatée, parmi plusieurs gardiens de la tradition (ḥuffāẓ).

(1) Dans la version Ṭ : il s'interdit d'entrer dans la maison de ses proches, ou dans toute maison où ils se trouvent, ou d'en tirer profit. (2) Dans les versions B et Ẓā : l'acceptation de leurs biens. (3) Dans la version Ṭ : celle à laquelle la pièce (de terre) a été attribuée.
وقد قال بعضُ الأمراء للمتوكّل على اللَّه الخليفة: يا أميرَ المؤمنين، إنَّ أحمد بن حنبل لا يأكلُ لك طعامًا، ولا يشرب لك شرابًا، ولا يجلس على فرشكَ، ويحرِّم ما تشربه. فقال لهم: واللَّه لو نُشر المعتصم وكلَّمني في أحمد لم أقبَلْ منه. وجعلت رسلُ المتوكّل تفدُ إليه في كُلِّ يوم تستعلم عن أخباره وكيف حاله. وجعل يستفتيه في أموال ابن أبي دُواد ولا يجيب بشيء. ثم أحدر ابن أبي دُوَاد من سامَرّاء إلى بغداد بعدما أشهدَ على نفسه ببيع ضياعه، وأخذت أمواله كلّها. قال عبد اللَّه: وحين رجع أبي من سامَرّاء إلى بغداد دخلت عيناه في موقيه، وما رجعت إليه نفسُه إلا بعد ستة أشهر، وامتنع (١) من أن يستقرّ ببيت قرابته، أو ينتفعَ بشيءٍ ممَّا هم فيه، لأجل قبولهم أموال السلطان (٢) . وكان مسيرُ أحمدَ إلى المتوكّل في سنة سبع وثلاثين ومئتين، ثم مكث إلى سنة وفاته، قَلَّ يومٌ إلا ورسالة المتوكّل تفدُ إليه في أمورٍ يشاوره فيها، ويستشيره. ولمَّا قدم المتوكِّل بغدادَ بعثَ إليه ابنَ خاقان ومعه ألفُ دينار ليفرِّقها على مَنْ يرى، فامتنع من قبولها، وقال: إنَّ أميرَ المؤمنين قد أعفاني ممَّا أكره، فردَّها. وكتب رجلٌ رُقْعَةً إلى المتوكّل، يقولُ فيها: يا أميرَ المؤمنين، إنَّ أحمد بن حنبل يشتم آباءَكَ ويرميهم بالزَّندقة. فكتبَ فيها المتوكّلُ: أمَّا المأمون فإنَّه خلَطَ، فسلَّطَ الناس على نفسه؛ وأمَّا أبي المعتصم فإنَّه كان رجلَ حربٍ ولم يكن له بَصَرٌ بالكلام؛ وأمَّا أخي الواثق فإنه استحقَّ ما قيل فيه. ثم أمر أن يضرب هذا الرجل الرافع (٣) الرُّقْعَةَ مئتي سوط، فأخذه عبد اللَّه بن إسحاق بن إبراهيم فضَرَبه خمسمئة سوط، فقال له الخليفة: لِمَ ضربته خمسمئة سوط؟ فقال: مئتين لطاعتك، ومئتين لطاعةِ اللَّه ورسوله، ومئة لكونه قذف هذا الشيخَ، الرّجلَ الصالح أحمدَ بن حنبل. وقد كتب الخليفةُ إلى الإمام أحمد يسأله عن القول في القرآن سؤالَ استرشاد لا تعنّت ولا امتحان ولا عناد. فكتب إليه أحمدُ (رحمه الله) رسالةَ حسنة فيها آثارٌ عن الصحابة وغيرهم، وأحاديث مرفوعة. وقد أوردها ابنه صالح في المحنة التي ساقها، وهي مروية عنه، ونقلها غير واحد من الحفَّاظ.
(١) في ط: وامتنع أن يدخل بيت قرابته أو يدخل بيتًا هم فيه، أو ينتفع. (٢) في ب، ظا: قبولهم الأموال. (٣) في ط: الذي ربع إليه الرقعة.

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