C’est la même chose. Et si je savais que cet argent avait été perçu à juste titre, sans injustice ni oppression, je ne m’en soucierais pas (1).
Lorsque la faiblesse d’Abou ‘Abd Allāh (Ahmad ibn Hanbal) se prolongea, al-Mutawakkil dépêcha vers lui Ibn Māsawayh, le médecin, pour examiner son état de santé. Après l’avoir ausculté, celui-ci revint dire au calife : « Ô Commandeur des croyants, Ahmad ibn Hanbal n’a aucune maladie corporelle ; son mal provient simplement de son manque de nourriture, de ses nombreux jeûnes et de l’intensité de son adoration. » Al-Mutawakkil garda alors le silence.
La mère du calife demanda ensuite à voir l’imam Ahmad ibn Hanbal. Al-Mutawakkil lui envoya un message pour l’inviter à rencontrer son fils al-Muʿtazz, afin d’invoquer Dieu en sa faveur, et d’être son précepteur. L’imam refusa d’abord, puis finit par accepter, espérant ainsi hâter son retour auprès des siens à Bagdad (2).
Le calife lui fit alors parvenir une robe d’honneur somptueuse, ainsi qu’une monture de ses propres écuries. Ahmad refusa toutefois de l’utiliser, car elle portait une mīthara (3) en peau de tigre (4). Il fit donc venir la mule d’un marchand, la monta, puis se rendit au conseil d’al-Muʿtazz, tandis que le calife et sa mère se tenaient dans un coin de la salle, derrière un fin rideau. Lorsque l’imam Ahmad arriva, il dit « As-salâmu ʿalaykum » et s’assit, sans saluer le calife par un titre honorifique.
La mère du calife s’écria : « Pour l’amour de Dieu, ô mon fils, renvoie cet homme auprès des siens, car il ne recherche pas ce que vous recherchez. » Quand al-Mutawakkil vit Ahmad, il s’adressa à sa mère : « Ô mère, la demeure s’est illuminée !»
Le serviteur apporta alors une magnifique robe d’honneur doublée, un vêtement, une calotte (qalansuwa) et un manteau (ṭaylasān). De sa main, il en revêtit l’imam Ahmad, qui ne bougea pas le moindrement.
L’imam Ahmad raconte : « Quand je me suis assis auprès d’al-Muʿtazz, son précepteur dit : “Qu’Allâh accorde sa protection à l’émir ! C’est cet homme que le calife a désigné pour être ton maître.” Al-Muʿtazz répondit : “S’il m’enseigne quelque chose, je l’apprendrai.” J’ai alors été frappé par son intelligence à un si jeune âge. Puis je suis sorti en implorant le pardon de Dieu (5). »
Quelques jours plus tard, le calife autorisa finalement Ahmad ibn Hanbal à s’en aller et mit à sa disposition une ḥarrāqa (6). Il refusa toutefois d’y embarquer, préférant monter dans un simple bateau. Il entra discret à Bagdad, et ordonna que cette robe d’honneur fût vendue pour distribuer son prix aux pauvres et aux nécessiteux.
Il demeurait peiné de s’être trouvé en leur compagnie, déclarant : « Je me suis écarté d’eux toute ma vie, puis j’ai été éprouvé par leur rencontre au terme de celle-ci, et j’ai failli mourir de faim. »