Ô Commandeur des croyants, au nom de Dieu, le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « Il n’est pas permis de verser le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a pas de divinité si ce n’est Dieu, si ce n’est dans l’un de ces trois cas. » J’ai alors récité le ḥadith (1). Et le Messager de Dieu (ﷺ) a également dit : « J’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils disent : “Il n’y a pas de divinité si ce n’est Dieu.” Lorsqu’ils le disent, ils préservent de moi leur sang et leurs biens » (2). Pourquoi donc trouves-tu licite de verser mon sang alors que je n’ai rien fait de tel ? Ô Commandeur des croyants, souviens-toi que tu comparaîtras devant Dieu, tout comme je me tiens devant toi. Il sembla alors marquer un temps d’arrêt.
Ensuite, ils n’ont cessé de lui répéter : « Ô Commandeur des croyants, il est égaré, il égare les autres, c’est un mécréant. » Il ordonna donc qu’on m’emmenât entre les deux “ʿuqabayn”, et les bourreaux arrivèrent avec leurs fouets. L’un d’eux me frappait de deux coups et disait à son voisin : « Frappe plus fort, que Dieu te coupe les mains ! » ; puis un autre s’avançait, frappait à nouveau deux fois, et ainsi de suite. Ils m’ont infligé de nombreux coups de fouet, si bien que je perdis connaissance plusieurs fois. Dès que la flagellation s’interrompait, je reprenais mes esprits. Al-Muʿtaṣim s’avançait alors vers moi pour que j’accepte leur parole, mais je ne lui répondais pas. Ils répétaient : « Malheur à toi ! Le calife se tient au-dessus de ta tête ! » sans que je cède. À nouveau, ils intensifièrent les coups ; il revint me voir, je ne l’ai pas écouté ; et ils renouvelèrent leur violence. Lorsqu’il s’approcha de moi une troisième fois, je ne compris même plus ses propos tant la douleur m’accablait. Ils continuèrent à me frapper jusqu’à ce que je perde conscience, ce qui l’effraya ; il ordonna alors qu’on me libère. Je ne revins à moi qu’en me retrouvant dans une pièce, les fers retirés de mes jambes. C’était le vingt et unième jour du mois de Ramaḍān de l’an deux-cent-vingt-et-un. Par la suite, le calife ordonna qu’on me ramène chez moi. Au total, on dit que j’ai reçu plus d’une trentaine de coups de fouet, certains avancent même jusqu’à quatre-vingts, mais tous furent extrêmement violents. L’imam Aḥmad était un homme long et mince, au teint légèrement foncé, faisant preuve d’une grande humilité – qu’Allâh lui fasse miséricorde, lui accorde Sa satisfaction et l’honore.
Lorsqu’on me transféra de la demeure du calife à celle d’Isḥāq ibn Ibrāhīm, j’étais encore à jeun. Ils m’apportèrent du sawīq et de l’eau pour que je rompe mon jeûne, vu ma faiblesse, mais je refusai et poursuivis mon jeûne. Quand arriva l’heure de la prière de ẓuhr, je la fis avec eux. Alors le juge Ibn Samāʿah me dit : « Tu as prié alors que tu saignais ? » Aḥmad lui répondit : « ʿUmar a bien prié alors que son sang jaillissait à flots » (3). Il resta silencieux après cela.