Ahmed a dit : « J’ai entendu de leur part des propos que je n’aurais jamais cru possibles. Braghouth(1) m’a longuement entretenu de questions portant sur le “corps” et d’autres sujets sans intérêt. Je lui ai répondu : “Je ne comprends pas ce que tu racontes, sinon que je sais que Dieu est l’Unique, l’Impénétrable (aṣ-Ṣamad), et que rien ne Lui ressemble.” Il s’est alors tu.
J’ai ensuite évoqué devant eux le ḥadith de la vision(2) dans la demeure de l’au-delà. Ils ont essayé d’affaiblir sa chaîne de transmission et ont fabriqué, à partir des propos de certains traditionnistes (muḥaddithīn), un discours leur permettant de le discréditer. En vain, car le Très-Haut dit : « Et comment pourraient-ils s’en saisir de si loin ? »(3) [Saba’ : 52].
Pendant tout ce temps, le calife continuait de se montrer aimable avec moi, et me disait : “Ô Ahmed, réponds-moi à ce sujet, que je te compte parmi mes proches et parmi ceux qui foulent mon tapis.” Je lui répondais : “Ô Commandeur des croyants, qu’ils m’apportent une preuve tirée du Livre de Dieu ou un ḥadith du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), et je leur obéirai.”
Ahmed leur opposa ensuite des preuves tirées du Coran, quand ils refusèrent de s’appuyer sur les traditions (athār). Il cita à leur encontre la Parole de Dieu rapportant le propos d’Ibrāhīm : « Ô mon père ! Pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit et ne te profite en rien ? » [Maryam : 42], mais aussi : « Et Dieu adressa la parole à Moïse de vive voix » [an-Nisā’ : 164], et : « En vérité, c’est Moi Dieu ; point de divinité en dehors de Moi. Adore-Moi donc » [Ṭāhā : 14], ainsi que : « Notre parole envers une chose, quand Nous désirons qu’elle soit, est de lui dire “Sois !” et elle est » [an-Naḥl : 40] et bien d’autres versets encore.
Comme ils ne trouvèrent plus aucun argument pour le contredire, ils recoururent alors au soutien du calife, en disant : “Ô Commandeur des croyants, celui-ci est un mécréant, égaré et égarant.” Quant à Isḥāq ibn Ibrāhīm, le représentant de Bagdad, il déclara : “Ô Commandeur des croyants ! Il n’est pas d’une bonne gestion du califat de le laisser libre, au point qu’il puisse l’emporter sur deux califes successifs.” À ce moment, la colère du calife s’enflamma, lui qui était pourtant le plus accommodant d’entre eux, pensant qu’ils étaient dans le vrai.
Ahmed raconta : “C’est alors qu’il me dit : ‘Que Dieu te maudisse ! Je comptais sur toi pour me donner raison.’ Puis il ajouta : ‘Emparez-vous de lui, dépouillez-le, traînez-le !’ Ils me saisirent, me traînèrent et on apporta les deux piquets(7) et les fouets, dont je fus témoin.
J’avais avec moi quelques cheveux du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) roulés dans mon vêtement. Ils m’en dépouillèrent et je me retrouvai entre les deux piquets, et je dis : … »(4)