Il déclara : « Puis j’ai été convoqué et introduit auprès d’al-Muʿtaṣim. Lorsqu’il me vit, alors qu’il était en présence d’Ibn Abī Duʾād, il dit : “N’aviez-vous pas prétendu qu’il était jeune, alors que voici un homme déjà âgé ?” Lorsque je m’approchai de lui, après l’avoir salué, il me dit : “Rapproche-toi.” Il ne cessa de me faire avancer jusqu’à ce que je sois tout près, puis il ordonna : “Assieds-toi !” Je m’assis, alourdi par mes fers, et après un moment de silence, je lui dis : “Ô Commandeur des croyants, à quoi ton cousin, le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde paix et bénédiction), a-t-il appelé ?” Il répondit : “Au témoignage qu’il n’est de dieu que Dieu.” Je repris : “En vérité, je témoigne qu’il n’est de dieu que Dieu.” Ensuite, je lui rapportai le hadith d’Ibn ʿAbbās concernant la délégation de ʿAbd al-Qays (1), puis j’ajoutai : “C’est à cela que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a appelé.” »
Il poursuivit : « Ibn Abī Duʾād prononça alors quelques paroles que je ne compris pas, car je n’avais pas saisi le sens de ce qu’il disait. Puis al-Muʿtaṣim déclara : “N’eût-il pas été dans les mains de celui qui me précédait, je ne me serais pas occupé de lui.” Puis il dit : “Ô ʿAbd al-Raḥmān, ne t’ai-je pas ordonné de mettre fin à la mise à l’épreuve ?” Je m’écriai : “Dieu est le plus grand ! Voilà qui est un soulagement pour les musulmans.” Alors il reprit : “Conversez avec lui, ô ʿAbd al-Raḥmān, parle-lui.”
ʿAbd al-Raḥmān me demanda : “Que dis-tu au sujet du Coran ?” Mais je ne lui répondis pas. Al-Muʿtaṣim intervint : “Réponds-lui.” Je lui dis alors : “Que dis-tu au sujet du ‘ʿilm’ (la science) ?” Il resta silencieux. Je poursuivis : “Le Coran fait partie de la science de Dieu. Quiconque prétend que la science de Dieu est créée est mécréant envers Dieu.” Là-dessus, ils se turent. Puis ils s’exclamèrent entre eux : “Ô Commandeur des croyants, il nous a considérés comme mécréants aussi bien que toi !” Mais il ne prêta pas attention à leurs propos. ʿAbd al-Raḥmān continua : “Dieu existait alors qu’il n’y avait pas de Coran.” Je répondis : “Dieu existait alors qu’il n’y avait pas de science ?” Il ne dit plus rien.
Ils se mirent à débattre de toutes parts. Je dis : “Ô Commandeur des croyants, apportez-moi un texte du Livre de Dieu ou de la Sunna du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) afin que j’en fasse profession.” Ibn Abī Duʾād s’exclama : “Tu ne dis rien d’autre que ‘cela et cela’ ?” Je répliquai : “L’islam ne tient-il pas sur ces deux fondements ?” De longues discussions eurent alors lieu entre nous. Ils se fondèrent sur le verset : « Aucun rappel (dhikr) de la part de leur Seigneur ne leur parvient sans qu’il ne soit récent » [Les Prophètes (Al-Anbiyā’), 21 : 2], ainsi que sur : « Dieu est le Créateur de toute chose » [Le Tonnerre (Ar-Raʿd), 13 : 16]. »
Et il poursuivit (2) en expliquant que ces formules générales sont spécifiques dans d’autres versets, citant par exemple : « Elle détruit toute chose » [Les Dunes (Al-Aḥqāf), 46 : 25]. Ibn Abī Duʾād s’écria : “Par Dieu, ô Commandeur des croyants, il est certes égaré et égareur, un innovateur ! Voici tes juges et tes juristes, interroge-les.” Il leur demanda : “Que dites-vous de lui ?” Ils répondirent comme Ibn Abī Duʾād. Chaque jour, ils l’amenèrent, le mirent de nouveau à l’épreuve, le confrontèrent, trois jours durant, et chaque fois sa voix et son argumentation prévalaient sur les leurs.
Il raconta encore : « Lorsque tous se taisaient, Ibn Abī Duʾād ouvrait de nouveau la discussion contre moi. C’était pourtant l’un des hommes les plus ignorants en matière de science et de débat. Les questions (3) soulevées dans la controverse se diversifièrent, alors qu’ils étaient dépourvus de savoir en matière de transmission (naql). Ils entreprirent alors de rejeter les traditions (athār) et de mépriser la preuve qui en était tirée. »