Lorsque vint le moment que sa mère soit chargée de ce qui lui était destiné, Dieu lui inspira : « Ne crains point et ne t’afflige point ; Nous te le rendrons et ferons de lui l’un des envoyés » (Al-Qasas, 7). Dieu lui ordonna, après avoir enfanté, de placer son fils dans un coffre et de le jeter dans le fleuve. Lorsque l’enfant naquit, elle exécuta cet ordre.
Quand son fils fut hors de sa vue, Satan s’empara de son cœur et elle se dit : « Qu’ai-je fait de mon fils ? S’il avait été égorgé sous mes yeux, j’aurais pu l’ensevelir et le préparer convenablement, ce qui m’aurait été plus doux que de l’abandonner aux bêtes marines et aux poissons. » L’eau porta alors l’enfant jusqu’à l’endroit où les servantes de la femme de Pharaon venaient puiser. Elles aperçurent le coffre et voulurent l’ouvrir, mais l’une d’entre elles s’exclama : « Il s’y trouve sûrement un trésor. Si nous l’ouvrons, la reine ne nous croira pas quand nous lui dirons ce que nous avons trouvé à l’intérieur. » Elles transportèrent alors le coffre tel quel sans rien en sortir, puis l’apportèrent à la femme de Pharaon. Lorsqu’elle l’ouvrit, elle y découvrit un garçon. Elle éprouva aussitôt à son égard un amour qu’elle n’avait jamais ressenti pour qui que ce fût auparavant. C’est à ce moment que « le cœur de la mère de Moïse fut dévasté » (Al-Qasas, 10) ; elle ne pensait plus à rien, si ce n’est à Moïse.
Quand les égorgeurs apprirent l’existence de l’enfant, ils vinrent, leurs couteaux à la main, afin de l’égorger devant la femme de Pharaon. C’était là une des épreuves (al-funûn), ô Ibn Jubayr. Elle leur dit : « Laissez-le. Un seul de plus parmi les Fils d’Israël ne changera rien à la situation. Je vais demander à Pharaon de l’obtenir en don. S’il accepte de me l’accorder, vous aurez bien agi et agi avec grâce ; s’il ordonne de le tuer, je ne vous en tiendrai pas rigueur. » Elle alla donc voir Pharaon et lui dit : « Il sera la joie de mes yeux et des tiens » (Al-Qasas, 9). Pharaon déclara : « Il peut être à toi, mais quant à moi, je n’en ai pas besoin. »
Le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « Par Celui par qui on jure, si Pharaon avait admis qu’il puisse être également la joie de ses yeux, de la même manière qu’il le fut pour sa femme, Dieu l’aurait guidé comme Il l’a guidée, mais Pharaon en fut privé. » (1)
Alors, la femme de Pharaon envoya chercher parmi tous ceux qui l’entouraient une nourrice ayant du lait (2). Mais chaque fois qu’une femme tentait de le faire téter, il refusait son sein. La femme de Pharaon craignit qu’il ne meure s’il persistait à décliner tout lait, ce qui l’attrista fortement. Elle ordonna qu’on le sorte au marché et dans les lieux publics, en espérant lui trouver une nourrice, mais en vain. La mère de Moïse, quant à elle, était angoissée. Elle dit à sa fille : « Suis sa trace et recherche toute nouvelle de lui : entends-tu parler de lui ? Est-il encore en vie, ou les bêtes l’ont-elles déjà dévoré ? » Elle avait alors oublié ce que Dieu lui avait promis.
« Sa sœur le vit de loin, alors qu’ils ne s’en apercevaient pas » (Al-Qasas, 11). Voir à distance quelqu’un ou quelque chose alors qu’on est tout près sans être remarqué est ce qu’on appelle « ‘an junubin ». Devant leur échec à lui faire accepter une nourrice, la sœur de l’enfant, pleine de joie, déclara : « Puis-je vous indiquer les gens d’une maison qui pourraient s’en charger pour vous et prendre soin de lui sincèrement ? » (Al-Qasas, 12). On lui demanda : « D’où sais-tu qu’ils s’en occuperont sincèrement ? Les connaîtrait-il ? » Ils commencèrent à douter, et ce fut encore une épreuve, ô Ibn Jubayr.
Elle répondit : « Leur sincérité et leur miséricorde envers lui proviennent de leur désir de s’allier au roi et de l’espoir de recevoir des faveurs de sa part. » Ils la crurent et la laissèrent faire. Elle courut alors informer sa mère de la situation. La mère arriva, et lorsque l’enfant fut posé dans ses bras, il bondit (3) vers son sein et le téta (4) jusqu’à ce que ses flancs fussent remplis de lait.