J’avais entrepris un voyage pour me rendre auprès de Jarîr ibn ‘Abd al-Ḥamîd, dans la région de Rayy. Certains de nos compagnons sortirent, mais je ne pus les accompagner, car je n’en avais pas la possibilité.
Ibn Ibn Ḥâtim rapporta de son père, lequel le tenait de Ḥarmala, que ce dernier avait entendu ach-Châfi‘î dire : « Aḥmad ibn Ḥanbal m’avait promis de venir en Égypte. » Ibn Abî Ḥâtim déclara : « Il semble que la gêne financière l’ait empêché de tenir sa promesse. »
Aḥmad ibn Ḥanbal a voyagé dans de nombreuses contrées et régions, et il a entendu les maîtres de son époque, qui le respectaient et l’honoraient au moment où il recueillait leur enseignement. Notre maître a dressé dans son “Tahdhīb”(1) la liste de ses professeurs, classés selon l’ordre alphabétique, ainsi que celle de ceux qui ont rapporté de lui.
L’Hâfiẓ Abû Bakr al-Bayhaqî, après avoir cité un groupe de maîtres de l’imâm Aḥmad, dit : « Dans son “Musnad” et ailleurs, Aḥmad ibn Ḥanbal a abondamment rapporté des traditions d’ach-Châfi‘î. Il a pris de lui un ensemble de propos sur les généalogies des Quraychites et a reçu de lui certaines questions de fiqh bien connues. Lorsque Aḥmad est décédé, on trouva parmi ses biens l’ancienne et la nouvelle Risâla(2) d’ach-Châfi‘î. »
J’ajoute que l’on a recensé à part les ḥadiths rapportés par l’imâm Aḥmad d’ach-Châfi‘î. Ils ne dépassent pas une vingtaine de traditions. Parmi les plus remarquables de ce que nous avons reçu de l’imâm Aḥmad(3) — d’après ach-Châfi‘î —, d’après l’imâm Mâlik ibn Anas, d’après az-Zuhrî, d’après ‘Abd ar-Raḥmân ibn Ka‘b ibn Mâlik, d’après son père, figure ce ḥadith où le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « L’âme du croyant est un oiseau qui se nourrit dans les arbres du Paradis jusqu’à ce que Dieu la renvoie à son corps le jour où Il le ressuscitera »(4).
Ach-Châfi‘î déclara à Aḥmad, lorsqu’il le rencontra lors de son second voyage à Bagdad après l’an 190 de l’Hégire — Aḥmad avait alors un peu plus de trente ans : « Ô Abû ‘Abd Allâh, si un ḥadith s’avère authentique pour vous, faites-m’en part afin que je le suive, qu’il vienne du Ḥijâz, de Syrie, d’Irak ou du Yémen. » Autrement dit, il n’adoptait pas l’avis des jurisconsultes du Ḥijâz qui n’acceptaient de traditions que de la part des habitants de cette région, traitant celles des autres comme de simples récits assimilables à ceux des Gens du Livre. Par ces propos, ach-Châfi‘î attestait de l’estime et de la considération qu’il avait pour Aḥmad, et montrait qu’il se fiait à lui pour déclarer un ḥadith authentique ou faible, adoptant son avis en la matière.
De fait, l’imâm Aḥmad jouissait d’un tel rang auprès des imams et des savants, comme en témoignent les éloges qu’ils ont prononcés à son sujet et la reconnaissance qu’ils lui accordaient, ainsi qu’on le verra par la suite.