Il (1) déclara : « Et cette année-là eut lieu l’échange de prisonniers entre les musulmans et les Byzantins ; cela se déroula au pays de Ṭarasus, en présence du qāḍī al-quḍāt (juge des juges) Jaʿfar ibn ʿAbd al-Wāḥid, muni de l’autorisation du calife à cet effet, et ayant délégué Ibn Abī al-Shawārib. Le nombre de prisonniers musulmans s’élevait à sept cent quatre-vingt-cinq hommes et cent vingt-cinq femmes. Or, la mère du roi, nommée Tadūra – que Dieu la maudisse – avait proposé le christianisme à ceux qu’elle détenait, au nombre d’environ vingt mille ; quiconque le refusait était mis à mort. Elle en tua ainsi douze mille, certains se convertirent, et demeurèrent ceux que nous venons de mentionner, à savoir près de neuf cents hommes et femmes.
La même année, les Bujja menèrent une incursion contre une garnison située sur le territoire égyptien. Auparavant, ils ne pillaient pas les musulmans, en vertu d’une trêve conclue avec ces derniers. Mais ils rompirent cette trêve et affichèrent clairement leur hostilité. Les Bujja sont un groupe de Noirs situés dans les contrées occidentales (Bilād al-Maghrib), au même titre que les Noubas, les Farawiyya, les Zʿarīr, les Baksūm et de nombreux autres peuples que seul Celui qui les a créés connaît. Leurs terres renferment des mines d’or et de pierres précieuses. Ils étaient tenus de verser chaque année un tribut à l’Égypte, constitué d’une partie de ces ressources.
Lorsque débuta le règne d’al-Mutawakkil, ils cessèrent de payer ce qu’ils devaient pendant plusieurs années. Le gouverneur d’Égypte, Yaʿqūb ibn Ibrāhīm al-Bādighīsī – affranchi d’al-Hādī, aussi appelé Qawsara – écrivit un rapport à ce sujet à al-Mutawakkil, qui entra dans une violente colère et consulta son entourage quant à l’affaire des Bujja. On lui répondit : « Ô Commandeur des croyants, ce sont des nomades éleveurs de chameaux qui habitent un pays reculé et aride. Toute armée qui voudrait s’y rendre aurait besoin de grandes réserves de nourriture et d’eau pour y séjourner. » Cela le dissuada un temps d’envoyer des troupes.
Mais on l’informa ensuite que ces Bujja lanceraient des assauts sur les confins de la Haute-Égypte, suscitant la peur chez ses habitants. Alors, al-Mutawakkil prépara une expédition dirigée par Muḥammad ibn ʿAbd Allāh al-Qummī, qu’il nomma gouverneur de toutes ces régions avoisinant le domaine des Bujja. Il écrivit aux administrateurs d’Égypte pour qu’ils lui fournissent tout le nécessaire en nourriture et autres équipements. Des forces locales se rallièrent à lui, si bien que, lorsqu’il se mit en route, il commandait vingt mille cavaliers et fantassins.
Il fit transporter vivres et provisions – notamment la nourriture et l’huile – à bord de sept navires, en donnant ordre à l’équipage de naviguer en mer et de le retrouver une fois qu’il serait entré au cœur du territoire des Bujja. Il avança jusqu’à pénétrer dans leurs terres et dépasser leurs mines, puis le roi des Bujja, nommé ʿAlī Bābā, s’approcha avec une foule immense, bien supérieure en nombre à celle de Muḥammad ibn ʿAbd Allāh al-Qummī. Ces gens sont païens et vouent un culte aux idoles. Le roi chercha alors à faire traîner les affrontements, comptant sur l’épuisement des réserves des musulmans pour les emporter. Quand les vivres des musulmans furent sur le point de s’épuiser et que les Noirs nourrissaient l’espoir de les vaincre par la faim, Dieu – qu’Il soit loué – fit arriver à temps les sept navires. Ils transportaient de grandes quantités de nourriture, de dattes, d’huile et d’autres denrées indispensables. L’émir les distribua aux combattants selon leurs besoins, de sorte que les Bujja renoncèrent à leur plan de faire périr les musulmans de famine. »