Aḥmad ibn ‘Āṣim al-Anṭākī (1), Abū ‘Alī le prédicateur ascète, fut l’un des grands dévots. Il a laissé de beaux propos relatifs à l’ascèse et au travail du cœur. Abū ‘Abd al-Raḥmān al-Sulamī rapporte qu’il appartenait à la même génération que al-Ḥārith al-Muḥāsibī et Bishr al-Ḥāfī. Abū Sulaymān al-Dārānī l’appelait « l’espion des cœurs », en raison de la finesse de son discernement.
Il transmit des traditions de Abū Mu‘āwiya al-Ḍarīr et de ceux de son époque. Parmi ceux qui reçurent de lui se trouvent Aḥmad ibn Abī al-Ḥawārī, Maḥmūd ibn Khālid, Abū Zur‘a al-Dimashqī, et d’autres encore. Aḥmad ibn Abī al-Ḥawārī rapporte de lui, selon Mukhallad ibn al-Ḥusayn, d’après Hishām ibn Ḥassān, qui dit : « Je passai devant al-Ḥasan al-Baṣrī, alors qu’il était assis à l’heure du sahr (avant l’aube). Je lui dis : “Abū Sa‘īd, est-ce qu’une personne comme toi reste assise à cette heure ?” Il répondit : “Je viens de faire mes ablutions. J’ai ordonné à mon âme (2) de se lever pour prier, mais elle s’y est refusée ; et elle m’a ordonné (3) de dormir, mais je le lui ai refusé.” »
Parmi ses maximes les plus remarquables : « Si tu désires la droiture de ton cœur, cherche-la en préservant ta langue (4). » Il disait aussi : « Il s’agit d’un butin facile (al-ghanīma al-bārida) que de corriger ce qui te reste de vie, afin que te soient pardonnés tes jours écoulés. » Et encore : « Un peu de certitude fait disparaître tout le doute du cœur, et un peu de doute fait disparaître toute la certitude qui s’y trouve. » Il ajoutait : « Celui qui connaît Dieu plus que les autres Le craint davantage. » Et : « Le meilleur compagnon qui soit pour toi en ce bas monde est l’inquiétude qui te détourne d’ici-bas et te fait parvenir à l’au-delà (5). »
Il nous reste également de sa poésie (6) :
« J’envisageais d’agir, sans toutefois m’y résoudre…
Si j’avais été sincère, j’aurais agi ; mais le sevrage est rude !
Si je possédais une raison solide et la certitude convaincue,
Jamais je ne me serais écarté de la voie à suivre.
Et jamais je n’aurais cherché profit dans le doute de la certitude (7),
Mais comment fuir ce qui est décrété ? »
Il composa aussi d'autres vers dont il ne reste que des bribes.