Ahmed ne mangeait pas leur nourriture ; en réalité, il jeûnait de manière ininterrompue et passait tous ces jours sans se nourrir, parce qu’il ne trouvait rien dont il fût satisfait. En revanche, son fils (1) Sâlih et ‘Abd Allâh acceptaient ces offrandes, et il n’en soupçonnait rien. [Sâlih a rapporté] (2) : « Si nous ne nous étions pas empressés de revenir à Bagdad, j’aurais craint que le shaykh ne meure de faim » (3).
À l’époque d’al-Mutawakkil, la sunna gagna beaucoup en considération ; il ne nommait personne à un poste sans consulter l’imam Ahmed ibn Hanbal. De ce fait, Yahyâ ibn Aktham fut investi de la fonction de Qâdî al-Qudât (4) sur son conseil. Yahyâ ibn Aktham comptait alors parmi les imams de la sunna et parmi les plus grands savants, profondément respectueux du Livre, de la sunna, du fiqh et du hadith, et attaché au suivi des traditions. Il désigna lui-même Hayyân ibn Bishr comme juge de la rive orientale et Sawwâr ibn ‘Abd Allâh al-‘Anbarî comme juge de la rive occidentale (5). Tous deux étaient borgnes. À ce propos, l’un des compagnons d’Ibn Abî Dawâd (6) composa ces vers :
« J’ai vu un fait parmi les pires : deux juges
Qui sont la risée du monde entier.
À eux deux, ils se partagent la cécité en parts égales,
Comme ils se partagent la charge judiciaire sur les deux rives.
Qui pourrait imaginer que l’un d’eux, secouant la tête,
Examine affaires d’héritage et dettes ?
On dirait qu’on a posé sur chacun d’eux un tonneau,
Ne laissant qu’un seul œil sous son couvercle.
Ils sont le présage d’un temps où périra Yahyâ,
Lui qui a inauguré la magistrature par deux borgnes. »
Cette même année, la campagne militaire d’été fut menée par ‘Alî ibn Yahyâ l’Arménien. Le pèlerinage fut dirigé par ‘Alî ibn ‘Îsâ ibn Ja‘far ibn Abî Ja‘far al-Mançour, gouverneur du Hijâz.
[Cette année-là,] Hâtim al-Asamm (8) décéda.