Au cours du mois de Safar de cette année, al-Mutawakkil se mit en colère contre Ahmad ibn Abi Duʿad, qui exerçait comme juge (qadi) chargé des doléances, et le destitua de cette fonction. Il convoqua alors Yahya ibn Aktham et le nomma juge suprême (qadi al-qudat), tout en lui confiant également la gestion des doléances.
Au mois de Rabiʿ al-Awwal, le calife ordonna la mise sous séquestre des biens d’Ibn Abi Duʿad, puis fit arrêter son fils, Abou al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Abi Duʿad, qu’il incarcéra un samedi, le troisième jour de Rabiʿ al-Akhir. Il décréta sa confiscation de biens : l’intéressé fut contraint de verser cent mille dinars, puis vingt mille dinars supplémentaires, ainsi que des joyaux précieux estimés à l’équivalent de vingt mille dinars. Par la suite, on se concerta pour fixer le montant à seize millions (seize mille mille) de dirhams.
Ibn Abi Duʿad, frappé de paralysie comme on l’a déjà mentionné, vit ensuite sa famille exilée de Samarra à Bagdad sous l’humiliation. Ibn Jarir (1) rapporte qu’à ce propos, Abou al-ʿAtahiya composa ces vers :
« Si, dans ton opinion, tu avais été associé à la rectitude,
Et si ta résolution avait été guidée vers la réussite,
Tu aurais trouvé de quoi t’occuper dans la jurisprudence, si tu t’en étais satisfait,
T’empêchant de dire : “Le Livre de Dieu est créé.”
Que t’importait, alors que l’essentiel de la religion les rassemble ?
Sans l’ignorance et l’incertitude, il n’y aurait pas eu de discorde sur les points secondaires. »
Le jour de l’Aïd al-Fitr, al-Mutawakkil ordonna qu’on descendît la tête d’Ahmad ibn Nasr al-Khuzaʿi pour la réunir à son corps et qu’on la remît à sa famille. Les gens s’en réjouirent et une foule nombreuse se rassembla pour ses funérailles. Ils se mirent à toucher son brancard pour en retirer la bénédiction, ainsi que le tronc sur lequel il avait été crucifié, provoquant un grand émoi parmi les gens. Al-Mutawakkil (5) écrivit alors à son représentant pour lui ordonner de les réfréner et, dans le même temps, envoya des missives à travers les provinces afin d’interdire tout débat autour de la question de la “Parole” (kalam) et de mettre fin aux assertions portant sur la “création” du Coran (6).
Al-Mutawakkil manifesta aussi de grands égards envers l’imam Ahmad ibn Hanbal ; il le fit venir de Bagdad, le reçut et l’honora. Il lui octroya un présent de grande valeur, que l’imam refusa. Il lui offrit également une splendide robe issue de ses propres habits, ce qui mit l’imam dans un profond embarras : il la porta juste le temps de rentrer à son lieu de résidence, puis l’ôta brusquement en pleurant (qu’Allah lui fasse miséricorde). Chaque jour, al-Mutawakkil (7) lui faisait ensuite parvenir de son repas personnel, pensant qu’il y toucherait. Quant à l’imam