Dans certaines régions, un groupe de chiites s’était réuni autour de lui. Il ordonna alors qu’on le frappe, et il reçut dix-huit coups sur la tête (miqraʿa), puis il fut emprisonné dans la prison dite «al-Matbaq».
Cette année-là, le pèlerinage fut conduit par Muhammad ibn Dawud. Ibn Jarir (1) a dit : «Au cours de cette année, Ishaq ibn Ibrahim, dit “sahib al-jisr” (c’est-à-dire le vice-gouverneur de Bagdad), mourut un mardi, à sept jours de la fin de Dhou al-Hijja. Son fils Muhammad le remplaça, reçut cinq robes d’honneur et on lui remit une épée.»
J’ajoute : Il occupait la vice-gouvernance de Bagdad et de l’Irak depuis l’époque d’al-Ma’moun, et il fut l’un des plus zélés partisans — sous l’influence de ses maîtres et de ses grands — de l’opinion selon laquelle le Coran aurait été créé (2)(3).
[Au cours de cette même année] mourut aussi Ishaq ibn Ibrahim ibn Mahan (4), le Mossouli, compagnon (nadîm) cultivé, fils d’un homme de lettres, figure singulière de son temps et réunissant toutes les vertus dans chaque discipline connue par les savants de son époque : fiqh, hadith, dialectique (jadal), théologie (kalâm), langue et poésie. Il acquit toutefois une renommée particulière dans l’art du chant, car nul autre ne l’égala en ce domaine.
Al-Muʿtasim a dit : «Quand Ishaq chante devant moi, j’ai l’impression que l’on ajoute à mon royaume.» (5) Et al-Ma’moun de dire : «N’eût été sa renommée en chant, je l’aurais nommé juge, car je sais combien il était chaste, probe et digne de confiance.» Il composa de beaux poèmes, laissa un important recueil et possédait une vaste bibliothèque (6).
Il mourut cette année-là. Ibn Khallikân (7) rapporte qu’il serait mort l’année précédente, [et d’autres disent l’année suivante] (8). Le hafiz Ibn ʿAsâkir (9) lui consacra une longue biographie, citant à son propos de belles anecdotes et de remarquables poésies, brillantes et raffinées.