Lorsqu’al-Wāthiq fut à l’agonie, il se mit à réciter à plusieurs reprises ces deux vers (1) :
«La mort est une destinée que tous les êtres partagent;
Ni le roturier ni le roi ne peuvent y échapper.
Ceux qui possèdent peu ne sont nullement lésés par leur pauvreté,
Et les biens amassés par les rois ne leur sont d’aucun secours.»
Il ordonna ensuite de replier les tapis, puis il posa sa joue contre le sol et déclara : «Ô Toi dont la souveraineté ne disparaît jamais, fais miséricorde à celui dont la souveraineté s’est éteinte.»
L’un des témoins raconta : «Lorsque nous étions autour d’al-Wāthiq sur son lit de mort, il tomba inconscient. Nous nous dîmes l’un à l’autre : “Vérifiez s’il a expiré.” Je m’approchai pour voir si sa respiration avait cessé. Il reprit alors connaissance et me fixa du regard. Paniqué, je reculai, et la poignée de mon épée s’accrocha quelque part, au point que j’ai failli périr. Peu après, il rendit l’âme. On ferma la porte de la pièce où il se trouvait, et il y resta seul. Ses proches négligèrent de préparer ses funérailles, trop occupés à prêter allégeance à son frère Jaʿfar al-Mutawakkil. Quant à moi, je montai la garde devant la porte. J’entendis alors du mouvement à l’intérieur et j’entrai : je découvris qu’un rat avait dévoré l’œil dont il m’avait regardé; il ne s’était finalement écoulé que peu de temps entre les deux événements.» (2)
Al-Wāthiq mourut à Sāmarrā, où il résidait dans le palais hārūnī, le mercredi 24 (ou six jours avant la fin) de dhū al-ḥijja de cette année-là – c’est-à-dire en 232 de l’Hégire –, à l’âge de trente-six ans, selon certains, ou de trente-deux ans selon d’autres. Son califat dura cinq ans, neuf mois et cinq jours. Certains affirment qu’il dura cinq ans, deux mois et vingt et un jours. Son frère Jaʿfar al-Mutawakkil célébra la prière funéraire en sa mémoire.
Califat d’al-Mutawakkil ʿalā Allāh, Jaʿfar ibn al-Muʿtaṣim bi-llāh
Après la mort de son frère al-Wāthiq Hārūn, la bayʿa (allégeance) fut donnée à Jaʿfar pour le califat, le mercredi 24 (ou six jours avant la fin) de dhū al-ḥijja, au zénith. Les soldats turcs avaient d’abord envisagé d’investir Muḥammad, le fils d’al-Wāthiq, mais le jugèrent trop jeune ; ils s’en détournèrent donc et se tournèrent vers Jaʿfar. Celui-ci avait alors vingt-six ans. Aḥmad ibn Abī Duʾād, le cadi, fut celui qui lui fit revêtir l’habit califal et fut aussi le premier à lui rendre hommage en tant que calife. Puis ce fut au tour des proches, suivis de l’ensemble de la population, de prêter allégeance.
Au début, on s’accorda à l’appeler «al-Muntaṣir» jusqu’au vendredi matin, mais Aḥmad ibn Abī Duʾād déclara : «Je pense que le Commandeur des croyants devrait prendre pour titre “al-Mutawakkil ʿalā Allāh”.» Ils tombèrent d’accord sur ce nom, qui fut ensuite diffusé dans les provinces. Il ordonna de verser huit mois de solde aux «shākiriyya» (troupes de garde), quatre mois aux contingents originaires du Maghreb et trois mois aux autres. La population accueillit cette nouvelle avec joie.