Au cours de cette année, Wassyf l’eunuque arriva avec un groupe de près de cinq cents Kurdes enchaînés, qui avaient semé la corruption sur les routes et les avaient coupées. Le calife remit à Wassyf soixante-quinze mille dinars et lui fit remise d’un habit d’honneur.
La même année, Khâqân l’eunuque revint du pays des Byzantins, après avoir conclu la paix et l’échange de prisonniers avec eux. Il arriva accompagné de plusieurs chefs des défenses frontalières. Al-Wâthiq ordonna qu’on les interroge au sujet de la croyance en la création du Coran et du fait que Dieu ne sera pas vu dans l’au-delà. Ils répondirent conformément à ses vues, à l’exception de quatre d’entre eux. Al-Wâthiq ordonna de leur trancher la tête s’ils refusaient d’adopter la même position que les autres. Il ordonna également qu’on examine les prisonniers musulmans ainsi libérés : quiconque adhérait à l’idée de la création du Coran et à l’impossibilité de voir Dieu dans l’au-delà était libéré, sinon il demeurait aux mains des mécréants. Il s’agit là d’une innovation (bid‘a) dépourvue de fondement, hideuse, aveugle et sourde, qui ne repose ni sur le Livre (Coran) ni sur la Sunna, ni sur une raison saine, et encore moins sur une transmission explicite. Le Livre, la Sunna et la raison valide la contredisent, comme cela a été établi ailleurs ; et c’est en Dieu que l’on cherche secours.
L’échange de prisonniers se déroula sur une rivière appelée al-Lâmis, près de Salûqiya, non loin de Tarsus. On échangeait tout musulman ou musulmane détenu par les Byzantins, ou tout dhimmî ou dhimmiyya sous autorité islamique, contre un prisonnier byzantin détenu par les musulmans n’ayant pas embrassé l’islam. Deux ponts furent érigés au-dessus du fleuve : quand les Byzantins libéraient un homme ou une femme sur leur pont et que celui-ci parvenait aux musulmans, il proclamait le takbîr (Allah Akbar), et tous les musulmans l’entonnaient. Puis les musulmans libéraient à leur tour un prisonnier byzantin en empruntant leur pont, lequel, lorsqu’il parvenait à ses coreligionnaires, récitait à son tour une formule semblable au takbîr. Ils procédèrent de la sorte quatre jours durant, un prisonnier étant échangé contre un autre. Khâqân conserva ensuite un groupe de prisonniers, qu’il rendit aux Byzantins pour avoir l’avantage à leur égard.
Ibn Jarîr rapporte qu’en cette même année, al-Hasan ibn al-Husayn, frère de Tâhir ibn al-Husayn, mourut au mois de Ramadân à Tabaristân.
Cette année-là, al-Khattâb ibn Wajh al-Fuls disparut également, de même qu’Abû ‘Abd Allâh ibn al-A‘râbî, le grand transmetteur, qui mourut un mercredi, le treizième jour de Sha‘bân, à l’âge de quatre-vingts ans. Cette même année s’éteignit aussi Umm Abîhâ bint Mûsâ, sœur de ‘Alî ibn Mûsâ ar-Ridâ.