Et Jaʿfar ibn Muḥammad aṣ-Ṣāʾigh a dit : « Que mes deux yeux voient, sinon qu’ils soient frappés de cécité, et que mes deux oreilles entendent, sinon qu’elles soient rendues sourdes. » Il raconta qu’au moment où la tête de Aḥmad ibn Naṣr al-Khuzāʿī fut tranchée, celle-ci s’exclama : « Lā ilāha illā Allāh » (1).
Certaines personnes attestent qu’elles ont entendu sa tête, alors qu’elle était plantée sur un pieu, réciter : « Alif-Lām-Mīm (1). Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire : “Nous avons la foi” sans qu’ils soient éprouvés ? » [al-ʿAnkabūt, 29 : 1-2]. Celui qui relata ce fait dit : « Ma peau en frissonna » (2).
Quelqu’un vit Aḥmad ibn Naṣr en rêve et lui demanda : « Qu’est-ce que ton Seigneur a fait de toi ? » Il répondit : « Ce ne fut qu’un bref assoupissement, puis je rencontrai Dieu (qu’Il soit exalté). Il me sourit. » Une autre personne vit en songe le Messager de Dieu (paix et salut sur lui), accompagné d’Abū Bakr et de ʿUmar. Ils passèrent près du pieu portant la tête d’Aḥmad ibn Naṣr ; après l’avoir dépassé, le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) détourna son noble visage. On lui demanda : « Ô Messager de Dieu ! Pourquoi as-tu détourné ton visage d’Aḥmad ibn Naṣr ? » Il répondit : « Par pudeur envers lui, car il a été tué par un homme de ma famille » (3).
La tête d’Aḥmad ibn Naṣr resta ainsi exposée à Bagdad depuis le jeudi 28 du mois de Shaʿbān de cette année-là — c’est-à-dire l’an 231 de l’Hégire — jusqu’à un jour ou deux après l’Aïd al-Fiṭr de l’an 237. On réunit alors sa tête et son corps, puis on l’enterra sur la rive orientale de Bagdad, dans le cimetière connu sous le nom d’al-Mālikiyya (5). Qu’Allah lui fasse miséricorde. Cela se fit sur ordre d’al-Mutawakkil ʿalā Allāh, qui devint calife après son frère al-Wāthiq bi-llāh.
ʿAbd al-ʿAzīz ibn Yaḥyā al-Kinānī (6), l’auteur du livre « al-Ḥayda », se présenta aussi devant l’Émir des croyants al-Mutawakkil ʿalā Allāh. Ce calife compta parmi les meilleurs d’entre eux et fit beaucoup de bien aux gens de la Sunna, contrairement à son frère al-Wāthiq, à son père al-Muʿtaṣim et à son oncle al-Maʾmūn (7). Il témoignait un immense respect à l’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, comme on l’expliquera plus loin.
L’essentiel est qu’ʿAbd al-ʿAzīz al-Kinānī dit à al-Mutawakkil : « Ô Émir des croyants ! On n’a jamais vu chose plus étrange que ce que fit al-Wāthiq : il a tué Aḥmad ibn Naṣr, alors que sa langue récitait le Coran jusqu’au moment où on l’enterra. » Al-Mutawakkil fut choqué et attristé par ce qu’il entendait au sujet de son frère al-Wāthiq. Lorsque le vizir Muḥammad ibn ʿAbd al-Malik ibn az-Zayyāt entra auprès de lui, il lui dit : « Je ressens un profond trouble au sujet de l’exécution d’Aḥmad ibn… »