Alors, ar-Rachîd se mit à répéter ce propos : « Seul l’impuissant ne sait prendre ses décisions », et il en était satisfait. Le lendemain matin, Yahyâ ibn Khâlid se présenta devant lui, et ar-Rachîd lui récita ces deux vers en les louant. Yahyâ ibn Khâlid en comprit la portée et s’en alarma. Il interrogea alors : « Qui a récité cela à ar-Rachîd ? » On lui répondit : « Abû l-ʿAwd. » Il le fit donc convoquer, régla à son égard la somme de trente mille (dinars) qui lui avait été promise, et lui offrit en sus vingt mille (dinars) de sa propre main. Ses deux fils, al-Fadl et Jaʿfar, agirent de même. Peu de temps après, ar-Rachîd s’en prit aux Barmékides, et il advint entre lui et eux ce que l’on sait.
Lorsque al-Wâthiq entendit toute cette histoire, il l’apprécia et se mit à répéter ces paroles du poète : « Seul l’impuissant ne sait prendre ses décisions. » Puis il sévit aussitôt contre les secrétaires et leur confisqua de très grandes sommes.
Cette année-là, la conduite du pèlerinage (Hadj) fut assurée par Muḥammad ibn Dâwud, déjà émir du pèlerinage lors des années précédentes.
Parmi les notables décédés cette même année figurent : Khalaf ibn Hishâm al-Bazzâr, l’un des célèbres lecteurs du Coran, ʿAbd Allâh ibn Muḥammad al-Musnadî, puis Nuʿaym ibn Ḥammâd al-Khuzâʿî, grand défenseur de la Sunna après avoir compté parmi les plus grandes figures du courant jahmite. Il est l’auteur d’ouvrages réputés sur les troubles (fitan) et d’autres sujets.
Parmi ceux qui décédèrent cette année, il y eut également Dînâr ibn ʿAbd Allâh, à qui l’on attribue la copie apocryphe qui remonte à lui par une chaîne de transmission élevée, mais qui est néanmoins inventée.