Il mourut à Mossoul, et l’on construisit un dôme sur sa tombe. Al-Ṣūlī rapporta que le vizir Muḥammad ibn ʿAbd al-Malik ibn al-Zattāt déclara, en prononçant son éloge funèbre (1) :
« Une nouvelle nous est parvenue, la plus grave des annonces,
Quand elle survint, elle ébranla les entrailles.
Ils dirent : “Ḥabīb s’en est allé.” Je leur répondis :
“Je vous en conjure, ne le considérez point comme simplement le Ṭāʾī.” »
Un autre dit (2) :
« La poésie est endeuillée, car elle vient de perdre le joyau des poètes
Et le ruisseau jaillissant de son jardin, Ḥabīb al-Ṭāʾī.
Ils moururent ensemble et se retrouvèrent voisins dans une même tombe,
Tout comme ils l’étaient déjà de leur vivant. »
Al-Ṣūlī rassembla la poésie d’Abū Tammām selon l’ordre alphabétique. Le cadi Ibn Khallikān (3) rapporta qu’il fit l’éloge d’Aḥmad ibn al-Muʿtaṣim – et, selon certains, de al-Maʾmūn – dans un poème où il dit :
« La hardiesse dʾAmr, la générosité de Ḥātim,
La clémence dʾal-Aḥnaf, l’intelligence dʾIyās. »
L’un des assistants (4) lui demanda : « Adresses-tu vraiment ces paroles à l’Émir, alors qu’il est plus grand que ces hommes (5) ? » Il resta pensif un instant, puis dit :
« Ne blâmez pas la comparaison que je propose avec ceux qui lui sont inférieurs :
C’est un exemple éphémère de sa générosité et de sa bravoure.
Car Dieu a bien pris pour Sa Lumière un exemple
Tiré d’une petite lampe et d’une lanterne, tout en étant infiniment supérieur. »
Lorsqu’ils prirent connaissance de son poème, ils ne trouvèrent pas ces deux vers, qu’il avait improvisés. L’un d’eux s’exclama alors : « Il ne vivra pas longtemps après cela ! » Et c’est effectivement ce qui se produisit.
Le cadi Ibn Khallikān (6) ajouta : « Certains ont prétendu qu’il récita cette même ode à l’un des califes, qui lui octroya la ville de Mossoul, où il séjourna quarante jours. Mais ceci n’est pas exact et ne repose sur rien de solide, même si certains, comme al-Zamakhsharī et d’autres, l’ont répété. »